 Avenue François Cuzin : « Dans le temps, il y avait ici cinq boulangeries, un coiffeur. Aujourd’hui c’est l’inverse… plus qu’une seule boulangerie pour cinq salons » L.M. François-Cuzin. Les commerçants bordant cette artère toulonnaise subissent, eux aussi, de plein fouet, les effets de la perte de pouvoir d’achat des consommateurs. Reportage.
« Dans le temps, il y avait ici cinq boulangeries, un coiffeur. Aujourd’hui c’est l’inverse… plus qu’une seule boulangerie pour cinq salons », nous confie pour commencer Hubert, l’actuel maître des lieux d’une institution tenue par la famille depuis plus de trente-cinq ans, le Bar de l’Industrie, sis au 169 avenue François Cuzin. « Résultat : le mercredi, difficile de trouver du pain. » Nous l’interrogions sur l’état de santé de ce quartier en pleine mutation, la position centrale et historique de l’établissement faisant du personnage, un témoin de premier choix. Une vigie plutôt bien éclairée pour nous parler de la disparition des industries présentes jadis par ici, de la diminution du pouvoir d’achat de sa clientèle, ou des nouveaux comportements induits par cet état de fait. Il est 8 heures 30, quelques clients dégustent leurs derniers cafés de la matinée avant d’aller pointer. « Là vous voyez, je bricole, mais après neuf heures… c’est le calme plat. » « Jusqu’à l’apéro ? », nous risquons-nous. « Même ça c’est terminé, quand j’ai quatre personnes c’est le bout du monde. Fini les grosses équipes qui se bousculent au comptoir sur trois rangs… verre à la main. » L’adresse était alors, déjà réputée pour son ambiance familiale et sa Kémia « maison ».
« Y’a plus d’argent… »
« Même les petits groupes se scindent en deux pour diminuer le prix des tournées respectives. Y’a plus d’argent. Puis vous avez la loi anti-tabac… Les gens sortent fumer leurs cigarettes ou bien ce sont les téléphones portables qui sonnent au mauvais moment… Tout ça, ça casse l’ambiance. Non, c’est aujourd’hui vraiment beaucoup de présence, beaucoup de boulot, pour pas grand-chose. D’ailleurs Au printemps ce coup-ci c’est décidé : je vends », conclut notre patron de bar un peu dépité par la tournure des choses.
Il fait pourtant partie des plus dynamiques des commerçants de ce quartier. « C’est très calme… mais suite à tout ce qui se passe en ce moment, c’est un peu normal », déclare Claude Duflot, le propriétaire du point presse situé sur le trottoir d’en face, en revenant sur nos pas, direction le Champ-de-Mars. « Les gens regardent de plus en plus ce qu’ils dépensent, et à partir du 20 de chaque mois c’est pire encore… Résultat : jusqu’au 30 on accuse une baisse notable des ventes, déjà pas bien folichonnes en temps normal. De toute façon la grande surface, installée face à la clinique Saint-Jean et ouverte 7 jours sur 7, élargit sans cesse son champ d’activité (pain, presse, jeux à gratter) et draine, à nos dépens, un maximum de clients. La baguette de pain est par exemple vendue deux fois moins chère là-bas », continue-t-il. « La vérité c’est que, beaucoup de gens, par ici aussi, ont perdu leur travail, ou en tout cas n’ont plus trop d’argent pour les à-côtés, le superflu. La presse (quotidienne ou magazine, ndlr) en fait malheureusement partie pour pas mal d’entre eux », déplore ce commerçant installé dans le quartier depuis presque 7 ans. « Aujourd’hui, j’essaie de vendre », conclut-il. « Mais avec mon chiffre d’affaires et la frilosité des banques… c’est pas gagné ». Non, rien ne l’est plus vraiment, en effet.
THIERRY TURPIN
Les petits plus… de « l’Industrie »
Devant le marasme économique chacun essaie dans les quartiers – les petits commerçants comme les autres – de jouer d’inventivité pour attirer le client… parfois contre vents et marées. Las, les mesures ne sont pas toujours suffisantes pour pallier le manque de pouvoir d’achat des consommateurs, la véritable cause d’une certaine désaffection dont souffrent ces derniers. Elles permettent néanmoins souvent de créer un pôle d’attractivité, une animation indispensable pour ces quartiers.
Le Bar de l’Industrie, dans le « quartier » Cuzin s’emploie lui aussi en essayant de diversifier son activité à attirer du monde. La « Limonade » seule, ne permettant plus, comme c’était le cas par le passé, de conserver à l’entreprise familiale toute sa rentabilité.
Ainsi Hubert, cafetier mélomane, grand amateur de culture mais aussi de ballon (rond ou ovale) s’efforce d’élargir sa clientèle traditionnelle, aux jeunes, aux musiciens… mais aussi à tous ceux qui n’ont pas l’habitude de fréquenter le bistrot.
Une scène permanente aménagée dans sa salle – pas très loin du comptoir – permet par exemple aux groupes de musique de venir taper le bœuf à tout moment, sans compter les multiples concerts donnés sur tout au long de l’année et dont le programme est disponible sur le site Internet*. Côté voix, pour les amateurs souhaitant se l’éclaircir en public (ils sont nombreux, paraît-il), une soirée Karaoké est également organisée ici même deux fois par mois. Pour les plus adroits enfin, l’établissement met à tout moment à leurs dispositions deux billards (Pool et Français), dont un authentique Chevillotte (véritable pièce de musée construite ), même si le billard français a perdu, nous dit-il beaucoup de ses inconditionnels…
Tout cela participe aussi, sans conteste, outre l’intérêt purement commercial de ces initiatives, à maintenir ni plus ni moins que la vie dans ce quartier.
T.T.
* http://pagesperso-orange.fr/bar.industrie/ |
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