 Photo SC Réservoir. Sur les douze sélectionnés Français, cinq viennent d’Outre-mer, à l’image du capitaine Jérémy Basquaise.
« C'est un truc de fou. On dit qu'il faut croire en ses rêves. Franchement c'est vrai » ! Et effectivement, Romain Tossem, le cadet de l'équipe de France, semble vivre un rêve éveillé. Il y a encore quelques mois, ce Réunionnais de 20 ans, licencié en foot à onze au club de la Saint Pauloise à La Réunion, ne venait participer qu’à un simple tournoi de foot sur le sable, avec ses oncles. Mais le staff de l’équipe de France est là et repère vite ses qualités.
Il intègre dans la foulée la sélection de la Réunion dirigée par Claude Barrabé et se retrouve aujourd'hui sous le maillot tricolore, face aux huit meilleures nations de la planète, à lutter pour le titre suprême.
« C'est très bizarre, assure-t-il, surtout avec Eric Cantona sur le banc ! C'est un grand monsieur, un véritable passionné qui nous apprend chaque jour ».
Mais Romain Tossem n’est pas le premier réunionnais à avoir ouvert la porte des Bleus. En 2006, Jérémy Basquaise, à tout juste 20 ans lui aussi, avait participé à sa première coupe du monde sur la plage de Copacabana. Deux ans après, sur le sable marseillais, c’est lui qui porte le brassard de capitaine. Et ce ne sont pas les seuls joueurs d'Outre-mer.
Il y a aussi Idriss Saïdou, un autre joueur de la St Pauloise. Retenu dans le groupe France, il ne fait pas parti des douze sélectionnés pour le mondial. Mais Eric Cantona compte sur lui pour jouer un rôle lors de l'Euro qui se profile en août au Portugal. Saïdou a intégré les Bleus lors de la coupe du monde 2007 en compagnie du Martiniquais Steeven Octavia qui évolue, à onze, sous les couleurs du Club Franciscain.
Cette année, deux nouvelles têtes les ont rejoints : Un Guadeloupéen. L’"immense" Jean-Luc Lambourde, 1m92, qui est le cousin de l'ancien pro, Bernard Lambourde. Et un Guyanais. Le "vieux" David Martinon, 31 ans, qui n’a lui aucun lien de parenté avec l'ex-porte parole du gouvernement à qui les Neuillyesiens ont dit « non, non, non » !
Dans ces terres d'outre mer, le football sur le sable, c'est le foot du dimanche ! « Au départ, jouer sur le sable, chez nous, est un loisir. On va jouer à la plage pour s'amuser, même si c'est beaucoup plus physique » assurent-ils tous en cœur. « Ce petit terrain, à cinq contre cinq, demande plus de concentration. Dans ce sport, le mental c'est 70% » précise Jérémy Basquaise.
Quand à Marseille, les métropolitains vont taper dans la balle sur les pelouses du Prado, dans le Pacifique ou aux Antilles, tout le monde joue sur la plage. à Marie-Galante, à St Paul, à St Denis. C’est là que les enfants apprennent à dompter les capricieux rebonds du ballon sur le sable.
« Pas de notions tactiques »
Car c’est une caractéristique du jeu tricolore qui développe beaucoup d’attaques placées au sol. « Il faut savoir s’adapter, explique capitaine Basquaise. Mais nous aimons bien jouer au sol car nous avons l’habitude des rebonds, c’est un avantage ».
« La grosse différence c'est la tactique, reprend Tossem. Quand on joue pour s'amuser, il n'y a pas de notions tactiques. Il n'y a que la base : la technique. Avec la tactique tu ne peux pas faire ton jeu, mais sans tactique tu ne peux pas gagner. Alors il faut savoir allier les deux ».
D’autant que la compétition est serrée. Le 1er tour très compliqué pour les Français, le leur a montré. « Cela se joue à pas grand chose. Le niveau est très élevé » assure Jean-Luc Lambourde qui avec ses camarades a découvert les joies des mises au vert, des nuits à l’hôtel, des mises en places tactique d’avant match...
« On touche un peu du doigt, la vie telle qu’elle est dans un groupe professionnel, acquiesce Jérémy Basquaise. Cela demande de la rigueur, de la discipline, de la concentration. Il faut faire la sieste pour récupérer… C’est une expérience enrichissante qui ne peut qu’être bénéfique pour la suite ». Des conditions que connaissent bien Sébastien Pérez, Jean-Marie Aubry ou Laurent Castro qui ont fait une carrière pro.
Mais pour les six joueurs venus d’Outre Mer, c’est nouveau. Comme quelque chose, un cadeau, qui serait tombé du ciel. « Involontairement, c’est le fruit de notre travail, reprend le capitaine tricolore. C’est une récompense ».
« C’est que du bonus » savoure David Martinon, animateur sportif dans le civil et qui comme la plupart de ses camarades, soutenus par leurs collectivités locales respectives, a pris deux mois de vacances pour rejoindre l’équipe de France, le 21 juin dernier.
« Cela donne une bonne image de nos îles, conclut Jérémy Basquaise. C’est encourageant pour tous les jeunes qui y vivent et peuvent faire quelque chose avec le beach soccer… »
Et la FFF qui l’a bien compris, espère bien surfer sur cette nouvelle vague venue des Dom-Tom.
Christophe CASANOVA
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