 Le rock comme résurgence de la tragédie grecque : c’est aux Bernardines qui retrouvent leurs murs avec bonheur et en musique… (Photo JACQUES BONNOT) Théâtre / rock. L’équipe des Bernardines retrouve ses murs et ouvre sa saison avec un opéra-rock qui mêle le mythe de Médée, version Müller, à celui de l’égérie du Velvet Underground.
Après une période de travaux -« provisoires mais très lourds, ils ont été lents à démarrer mais ont été ensuite rapidement menés », se félicite le directeur Alain Fourneau- et donc de vagabondages forcés vers la Friche ou le Merlan, entre autres, l’équipe des Bernardines avait retrouvé ses murs où elle a accueilli plusieurs spectacles dans le cadre du festival ActOral, puis la pièce jeune public de Michel Kelemenis. Mais c’est véritablement demain que débutera sa saison 2008-2009, avec Nico-Medea Icon un « opéra-rock » proposé par Philippe Vincent. « On avait envie de faire une fête pour la réouverture du théâtre, et concrètement, ce sera 4 soirs de fêtes, chaque spectacle étant suivi d’un "after" fomenté avec les artistes invités cette saison », sourit Alain Fourneau. « Le spectacle de Philippe Vincent est idéal, parce qu’il est à l’image d’une saison qui sera fortement marquée par la musique, dans un mouvement qui me semble plus global d’un théâtre qui se "revertèbre" à l’endroit du musicien. Et surtout parce qu’il mêle de manière intelligente le théâtre, le texte, et la musique, en mettant en miroir deux mythes de la musique et de la tragédie grecque, Nico et Médée. ».
Bio fantasmagorique
L’égérie du Velvet underground, via ses textes (souvent cosignés avec Lou Reed) et son autobiographie mais aussi le texte de Lester Bangs, Votre ombre a peur de vous, une tentative de ne pas avoir la trouille de Nico, a en effet intrigué le musicien et metteur en scène : « son histoire, son visage, son attitude, son jeu de scène attise la convoitise ; tous ces textes m’ont conduit vers le Matériau-Médée de Heiner Müller », explique-t-il, en s’appuyant aussi sur le sentiment de Jean-Paul Bourre, qui estime qu’« à la trilogie sacrée drugs, sex and rock’n’roll, il faille ajouter le sang ». Au-delà de la coïncidence temporelle entre la « réécriture » de la tragédie grecque par l’auteur allemand et le début de la carrière solo de la chanteuse (le milieu des années 80), le « jeu de miroir incessant » entre l’icône rock et celle qui incarne la vengeance et la monstruosité infanticide ne semble pas bâti sur un parallélisme d’histoires. Même si Philippe Vincent note que Nico, qui déclarait être « du côté des hors-la-loi », avouait aussi avoir fait elle-même son premier shoot d’héroïne à son fils Ari-, même si, en citant Jean-Daniel Beauvallet, il affirme que toute la vie de l’ex-mannequin « ne fut qu’une vengeance féroce et sans quartier contre la beauté, ce fardeau qu’elle n’avait pas réclamé », c’est surtout sur une énergie commune à la tragédie grecque et au rock qu’il s’appuie : « le Matériau Médée de Müller a un côté très performance ; la dramaturgie ne peut fonctionner sur une psychologie ; l’énergie dégagée par un concert de rock, menant jusqu’à l’épuisement doit fournir la situation, comme une sorte de cérémonie vaudou », analyse le metteur en scène, qui aborde ces deux mythes avec le désir d’une « biographie fantasmagorique », « comme un rêve, une possibilité qui n’a jamais eu lieu ». Ce qui aura bel et bien lieu, face à l’interprète Anne Ferret et ses musiciens, sera la juxtaposition, dans le public, de férus de rock et des adeptes de la tragédie grecque. Une rencontre assez rare pour être saluée.
DENIS BONNEVILLE
Nico Medea Icon, avec des textes de Heiner Müller, des poésies, textes et chansons de Nico et Lou Reed, m.e.s. Philippe Vincent, avec Anne Ferret, Bob Lipman, Pierre Grange, Philippe Vincent et Dominique Lentin, les 4 et 7/11 à 21h, les 5 et 6/11 à 19h30, au théâtre des Bernardines, 17 bd Garibaldi, Marseille 1er. 04.91.24.30.40 theatre-bernardines.org
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