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Accueil arrow Culture arrow Théâtre/Humour arrow Musset version teen spirits 04-02-2012, 19:56

Musset version teen spirits

17-11-2008
Dernière mise à jour : ( 17-11-2008 )
 

«Que ce soit sous la Restauration de Musset ou aujourd’hui, le mal du siècle est le même… » MARIE-LAURE THOMAS
«Que ce soit sous la Restauration de Musset ou aujourd’hui, le mal du siècle est le même… » MARIE-LAURE THOMAS
En puisant son inspiration dans le destin de Kurt Cobain et auprès du breakdancer David Llari, Françoise Chatôt donne sa vision, au Gyptis, des « Caprices de Marianne »

Naples, on ne sait quand, on ne sait même pas si cette Naples-là a un jour existé. Mais dans cette Naples-là, plongée dans le brouhaha du carnaval, un jeune aristocrate rêveur et mélancolique, Coelio, tombe amoureux de Marianne, qui sort à peine du couvent et vient d’épouser malgré elle un barbon jaloux et ridicule. Coelio a un ami, le meilleur et pourtant son inverse, le brillant et débauché Octave, et lui demande de déclarer sa flamme à la jeune fille ; une « procuration » qui tournera mal : Marianne tombe amoureuse d’Octave, et Coelio, croyant que son ami l’a trahi, se laisse tuer dans une embuscade tendue par le mari…
Ils sont là, les Caprices de Marianne, chef d’œuvre du théâtre romantique, et depuis Musset ils n’ont cessé d’être portés à la scène, avec plus ou moins de bonheur, mais révélant toujours l’inépuisable actualité de ce texte.


Enfants de leur siècle


Si Françoise Chatôt, codirectrice du théâtre Gyptis, a décidé de s’en emparer à son tour, c’est d’abord pour assouvir son désir de voir sur un plateau trois comédiens, qui ont l’âge du rôle et ont pourtant déjà prouvé, ici et là, leur valeur : Guillaume Clausse et Grégoire Roger, anciens élèves de l’Erac, et Alice Belaidi, « née » au Chêne noir avignonnais de Gérard Gelas. Mais il fallait un déclic : ce fut Last Days, le film de Gus Van Sant qui retrace les derniers jours du destin flamboyant et tragique de Kurt Cobain, leader du groupe grunge Nirvana : « il est le Musset de notre temps, dans les deux facettes que représentent Coelio et Octave, brillant et sombre, débauché et romantique, idéaliste et désespéré, hyperdoué et fragile ».
S’il ne restera qu’un sous-titre de ce déclic originel, la volonté d’ancrer cette pièce dans un contexte « violemment contemporain » s’exprimera de façon claire : « le mal du siècle est le même aujourd’hui », affiche Françoise Chatôt, « la Restauration était l’époque d’une bourgeoisie dominante et hypocrite, d’une police omniprésente, d’une église imbécile et délatrice, qui entraîne chez sa jeunesse, ses "enfants du siècle" une révolte intérieure et destructrice. J’ai le sentiment qu’on vit aujourd’hui quelque chose de semblable… »


Du hip hop à Goya


Le hasard faisant bien les choses, c’est à ce moment-là que le chorégraphe hip hop David Llari, descendu de Paris pour rejoindre son complice Franck II Louise, vient frapper à la porte du théâtre de la Belle de Mai : « J’y ai reçu un accueil enthousiaste, et je me suis lancé dans cette aventure qui peut paraître étrange de prime abord mais nous semble aujourd’hui très naturelle », explique celui qui, après avoir fondé la Maison du hip hop à Paris, porte le même projet, avec l’équipe de l’Affranchi et les fers de lance de la scène hip hop phocéenne, un projet tout aussi ambitieux. « Même si ce n’est pas ma culture, je suis fascinée par cette danse, et j’ai très vite ressenti le besoin de l’intégrer au spectacle, principalement pour inscrire le carnaval dans notre époque, et paradoxalement pour mettre cette énergie au service de la noirceur du texte ». La danse macabre se parant, dans une autre inspiration mêlée, de masques qui font référence aux Caprices de Francisco de Goya.
Côté musique, « on n’est pas dans le hip hop, ni vraiment dans le rock, mais dans un zapping de violence », annonce avec malice le compositeur-trublion Dominique Viger, rockeur du groupe Homosuperior et clown gore lorsqu’il endosse le frac de Captain Carnasse, avec ou sans momie.


Ultra moderne solitude


Reste les comédiens, et cette épine si souvent douloureuse du rôle de l’effacé Coelio, souvent écrasé par le flamboyant Octave et la fougueuse Marianne, féministe avant l’heure ; outre l’insertion, au cœur du texte, de passages de la magnifique Nuit de décembre (« qui donc es-tu, mon frère / qui n’apparais qu’au jour des pleurs »… « Ami, je suis la solitude »…), Grégoire Roger, qui l’incarne, a voulu chercher « une énergie juste, une mélancolie qui ne soit pas larmoyante, mais s’exprime de façon combative et moderne ».
Voilà comment se sont construit ces nouveaux Caprices, créés demain soir au Gyptis. Dans un bel enchaînement d’inspirations et de rencontres, dans une énergie et un sentiment d’évidence. Un souffle nouveau qu’il faut désormais transmettre au spectateur…


DENIS BONNEVILLE


Les Caprices de Marianne, d’Alfred de Musset, m.e.s. Françoise Chatôt, choreg. David Llari, avec Alice Belaidi, Guillaume Clausse, Grégoire Roger, Agnès Audiffren, Cathy Darietto, Pierre-François Doireau, Philippe Séjourné et les danseurs de la Cie Sun of Shade, du 18/11 au 6/12 à 20h30 (sauf mer et jeu 19h15, relâche dim et lun) au théâtre Gyptis, 136 rue Loubon, Marseille 3e. Infos 04.91.11.00.91 theatregyptis.com
Rencontres « Musset ou la nostalgie libertine », avec Valentina Ponzetto, Université Paris IV, demain mercredi 19; « Musset et le double », avec Bernard Hubert, psychiatre et psychanalyste, mercredi 26 ; et « La genèse de la crise et la crise de la jeunesse », avec Jacques Broda (sociologie / IUT d’Aix-en-Provence), mercredi 3/12.
Les Caprices de Marianne seront également joués le 9/12 à 19h au théâtre Armand, Salon de Provence. Infos 04.90.56.00.82 et salondeprovence.fr




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