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Accueil arrow Marseille arrow Société/Quartiers arrow Engrenage tragique de la répression 08-02-2012, 01:54

Engrenage tragique de la répression

17-11-2008
Dernière mise à jour : ( 17-11-2008 )
 

Les Milles, un lieu de mémoire disparue et réactivée Photo R.T.
Les Milles, un lieu de mémoire disparue et réactivée Photo R.T.
Histoire. Le camp ouvre en 39 et ferme en 1942. Il connaît trois étapes, la dernière étant celle des déportations.

Pour l’historien Robert Mencherini : « Les Milles est un lieu de mémoire disparue et réactivée, dans un premier temps, par des universitaires ». Il rappelle l’histoire de ce site, une tuilerie qui avait cessé toute activité à la fin des années 30. Le camp y est mis en place en septembre 1939. Il a connu un peu plus de trois années d’activités au cours desquelles passèrent plus de 10 000 internés originaires de 27 pays, en particulier d’Allemagne et d’Autriche. Son histoire se divise en trois phases correspondant aux différentes catégories d’internés qui y séjournèrent : ressortissants du Reich et légionnaires, étrangers désireux d’émigrer, juifs ayant fait l’objet de rafles.
« On peut lire à travers ces phases, explique Alain Chouraqui, l’évolution tragique de la répression dont furent victimes les étrangers et les juifs, sous le régime de Pétain, évolution qui culmina en août et septembre 1942 avec la déportation de plus de 2 500 hommes, femmes et enfants juifs du camp des Milles vers Auschwitz via les camps de Drancy et de Rivesaltes ».
Robert Mencherini souligne qu’en 1939 « le camp est mis en activité pour accueillir les personnes réfugiées dans la région et qualifiées de « sujets ennemis », à cause de leur nationalité ou de leurs anciennes nationalités. Certains sont, en effet, apatrides ». Ils sont pourtant pour la plupart des anti-nazis qui ont fui le Reich allemand dès 1933 pour se réfugier dans la région. On trouve parmi eux une intelligentsia nombreuse et mondialement reconnue. Lors de cette première période qui s’achèvera en juin 1940, on demande à ces personnes de venir par leurs propres moyens au camp.
La deuxième période s’étendra jusqu’en juillet 1942. Le camp d’internement devient également camp de transit. Passant ainsi sous l’autorité du Ministère de l’Intérieur. C’est au cours de cette période que sont transférés aux Milles, les étrangers des camps du Sud-Ouest, en particulier des anciens des Brigades internationales d’Espagne ainsi que des juifs d’Europe de l’Est. Et toujours, aussi, ceux qui veulent fuir le nazisme.
« On ne dira jamais assez à quel point Marseille a joué un rôle important pour tous ceux qui voulaient quitter l’Europe. C’était, en effet, le seul grand port de la zone Sud, dite « libre » et le lieu d’implantation des consulats qui ont d’ailleurs aidé de nombreuses personnes à fuir ».
Le camp accueille des hommes qui souhaitaient partir. « Femmes et enfants sont dans des hôtels aux Milles ou encore à Marseille ». C’est au cours de ces années 1940-1941 que sont réalisées par les internés les fameuses peintures murales dans le réfectoire des gardiens, ou d’autres, en cours de repérage par les travaux archéologiques menés dans tout le site.
Puis arrive la troisième période, la plus dramatique. Les déportations des Milles vers Auschwitz s’inscrivent dans le cadre de la « solution finale ». Solution décidée lors de la conférence de Wansee du 20 janvier 1942, suivie de l’accord des autorités françaises pour livrer 10 000 juifs de la zone « libre » à l’Allemagne. Au début du mois de juillet 1942, Laval propose aux Allemands d’inclure les enfants âgés de moins de seize ans dans les déportations. Le 3 août, le camp est bouclé. Femmes et enfants juifs de la région y rejoignent les autres internés avant d’être déportés.
Au total, avant même l’occupation allemande de la zone Sud, plus de 2 500 juifs, hommes, femmes et enfants sont envoyés par le gouvernement de Vichy vers le camp de la mort d’Auschwitz via les camps de Drancy ou, plus tard, de Rivesaltes. Au-delà du mois de septembre 1942, le camp, demeurant un centre de transit, vivote. Ses derniers occupants le quittent en septembre 1942.


MICHEL CAIRE

 Marseille-Provence 2013. Le projet conduit par Alain Chouraqui est un  « pilier » du dossier de la future capitale européenne de la culture.
« Milles » raisons de s’appuyer sur ce dossier
La candidature de Marseille-Provence a été retenue au titre de Capitale européenne de la culture, le dossier reposant sur un véritable parti de géopolitique culturelle européenne. Il privilégie, parmi les stratégies et programmes de l’Union, ceux auxquels Marseille-Provence peut apporter la contribution la plus efficace : constituer durablement le territoire en plate-forme d’accueil, de transmission et de production pour les créateurs d’Europe et de Méditerranée dans toutes les disciplines de l’art et de la pensée. Dans ce cadre le projet du camp des Milles et ses dimensions réflexive et culturelle prennent toute leur place.
    Bernard Latarjet, directeur général de Marseille-Provence 2013, souligne qu’il a été président de la maison des enfants d’Izieu dont il est toujours administrateur. Cette maison a été ouverte par Sabine et Miron Zlatin. Elle a accueilli, de mai 1943 à avril 1944, plus de 100 enfants juifs pour les soustraire aux persécutions. Le 6 avril 1944, sur ordre de Klaus Barbie, 44 enfants et 7 éducateurs furent raflés et déportés. Seule une adulte en revint. Bernard Latarjet avance : « Je suis très attaché à ces exigences de la mémoire ». Il espère maintenant que « le fonctionnement des Milles sera assuré en 2013 ».
    De son côté Bertrand Collette, chargé de mission à Marseille -Provence 2013, avance que le camp des Milles « sera un des piliers de la manifestation ». Il est également touché par ce lieu hors du commun. « Dès que nous avons travaillé à la candidature, le projet porté par Alain Chouraqui, nous a paru important. Cela sera un formidable outil pédagogique qui permettra de développer toute une série de réflexions, d’accueillir des colloques, des grands témoins. De réfléchir à cette dimension très banale du passage  vers la collaboration ou vers la résistance tant il est vrai que nous sommes sur le fil du rasoir et que la plus grande vigilance s’impose ».
    Il ajoute : « Nous sommes très en phase avec le travail accompli ici. Avec la double dimension de mémoire mais aussi de réflexion. Avec la dimension prévue pour l’art, comme moyen de compréhension et de résistance ».
    Quant à la place du Camp des Milles en 2013 Bertrand Collette indique : « Nous n’avons pas encore eu le temps de réfléchir à tout, mais il est évident qu’un tel site, avec ses salles, avec son histoire, peut être un formidable outil de croisement du travail de mémoire et du travail artistique ».
    M.C.
Pour plus d’informations sur Marseille-Provence 2013 : www.marseille-provence2013.fr.



Robert Mencherini : « Provence-Auschwitz, de l’internement des étrangers à la déportation des juifs », aux publications de l’Université de Provence.




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