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Biographie des quartiers Nord
03-11-2008
 

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Beau livre. Lucienne Brun raconte le mémoire d’un quartier né entre St-André et St-Louis. Un travail d’ethnologue pour garder intacte la mémoire de ses habitants.


Lucienne Brun a entre les mains un bel ouvrage. Son livre, celui d’une année et demi de travail et de recherche pour raconter la grande histoire d’un quartier né entre Saint-André et Saint-Louis, une sorte de no man’s land au Nord de Marseille. Des quartiers que l’on dit sans histoire.
C’est l’association Consolat Mirabeau qui a pensé qu’écrire un ouvrage sur ces quartiers, pouvait être le point de départ d’une belle histoire. Jean-Luc Mingallon, président de l’association en était le premier convaincu. Pour lui il fallait absolument un livre qui raconte dans le détail ce que pouvait être la vie de ses habitants. Il n’existe ni archives, ni documents officiels.
Lucienne Brun, originaire de l’Estaque a tout de suite accepté de se faire le réceptacle de ces paroles rapportées. « Au 19e siècle ces quartiers étaient occupés par de grands domaines, des bastides d’aristocrates, de bourgeois. Elles ont été remplacées par l’industrialisation à la fin du 19e siècle. » Métallurgie, huilerie, savonnerie, tout ce qui allaient avec des gens qui recherchaient du travail ont débarqué ici. Certains pour des raisons économiques, d’autres politiques. Des Italiens, des Arméniens, des Espagnols, des Maghrébins, dans les années 60 ce sera au tour des pieds-noirs. « Tout cela s’est traduit par une évolution de l’habitat. Les premiers, les Italiens ont construit des baraques faites de bric et de broc. Dès que l’on a commencé l’autoroute A55, on s’est aperçu que les gens vivaient sans titre ».


Des maisons bourgeoises occupées par des ouvriers


L’arrivée de l’industrie va conduire les bourgeois à quitter les lieux. Leurs maisons seront découpées et transformées en logement ouvrier. Ce sera le cas pour la villa Favorite.
S’en suit une suite logique et la construction du premier habitat social, en 1926. La Cité St-Louis a depuis obtenu le label de patrimoine du 20e siècle. Premier logement social, premier grand chambardement. Les années Deferre (1950) pousseront l’urbanisation à son paroxysme. Une urbanisation anarchique.
Ce livre construit comme une ballade offre plusieurs niveaux de lecture. Il ne s’agit pas seulement d’un livre d’images construit avec des récits, c’est aussi un travail d’ethnographe sur la culture ouvrière.
« Il dessine les frasques d’une société disparue et interroge sur beaucoup de choses, sur ce qui fait sens dans la vie du quartier. » Des familles qui vivaient dans ces quartiers avaient trouvé un ancrage et étaient très peu mobile. « On s’est rendu compte, que dès que l’on a supprimé le travail est apparu le silence social. » Une culture ouvrière qui connaîtra des changements brutaux, avec la guerre, les fermetures des usines et la fin de la réparation navale.


Jaurès, c’était le pépé du bar Michel


Livre monument sur des quartiers qui regorgent de richesse. Un patrimoine trop longtemps oublié et qui est réapparue aux yeux des marseillais à l’occasion des journées du patrimoine*. L’ouvrage fourmille d’anecdotes. Il y a celle croustillante du bar Michel, où trônait le portrait de Jaurès. Durant toute l’occupation il a fait la nique à l’armée allemande qui occupait la caserne Mirabeau. « Celui là, c’est le pépé », disaient les tenants du bar. Les Allemands n’y ont vu que du feu, le patron de bar un communiste n’avait pas manqué de courage et d’audace. Acte de courage encore que celui des parents de Slimane Azoug, actuel propriétaire d’une chaîne de boucheries cachère. Son père est arrivé en 1938 pour travailler aux Tuileries. A l’époque pour gagner sa vie, il fallait faire plusieurs boulots à la fois. Lui, est devenu boucher avec la complicité d’Espagnols. Une grande solidarité, c’est ce qui marque les récits de cette épopée urbaine.
Mais le fait qu’un grande n’importe quoi, d’un point de vue urbanistique et architecturale ce soit concentré là, n’a rien du hasard. « On a entassé des couches d’incohérence pour des profits immédiats. On a brûlé des œuvres d’art, renié un passé », sans être nostalgique, Lucienne Brun s’emporte souvent sur la transformation anarchique et sans âme de ces quartiers. Des quartiers fissurés par des voies de chemin de fer, routes et autoroutes et depuis peu malmenés par la plus grande plate-forme logistique de Marseille.
Ce livre n’a rien de passéiste. « Nous voulions être dans l’avenir, qui est forcément une accélération du présent. On ne peut plus penser selon un modèle unique. Il est important de s’interroger sur ce qui est important, positif, sur ce qu’il faudra changer un jour. »


CATHERINE WALGENWITZ


Le livre est en vente dans une dizaine de points de vente de St-André à St-Louis et dans les librairies Maupetit, Vieille Charité, Prado, Lafitte, Castellane .
*Balade le 22 novembre entre les deux sites monticelliens de la villa Favorite et la Roche Percée. RDV à 9h30 devant la villa Favorite 119 Chemin de St Louis du Rove dans le 15e arrondissement. Arrêt des bus 25 et 36 cité St-Louis.




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