 Alain Chouraqui, à droite, veut «renforcer la vigilance et la responsabilité du visiteur » (Photo R.T.) Mémorial. Alain Chouraqui revient sur le projet pour le camp des Milles, les raisons, l’histoire qui le conduisent dans cette aventure.
« Penché la nuit sur mon ordinateur je vois des visages d’ « anciens », dont celui de mon père », avance Alain Chouraqui président du comité de pilotage du mémorial du camp des Milles (*). Il explique : « Ils me portent littéralement, comme ils portent notre équipe, dans la bagarre pour que voie le jour, dans la Tuilerie des Milles, un lieu de mémoire et d’histoire de l’internement et de la déportation. Un site aménagé en espace d’éducation et de culture, ouvert à tous les publics et tout particulièrement aux nouvelles générations ». Et il en a fallu de la ténacité mais aussi de la diplomatie pour que ce site, entre Aix-en-Provence et Marseille, à l’histoire oubliée, revienne en mémoire, soit porteur d’un projet d’avenir.
La double dimension du projet prend alors tout son sens dans les bâtiments du seul camp français d’internement, de transit et de déportation encore en bon « état et aménageable ». Un lieu de mémoire bien sûr, un lieu de réflexion aussi : « afin de renforcer la vigilance et la responsabilité du visiteur, du jeune visiteur en particulier, face aux menaces permanentes du racisme, de l’antisémitisme, du fanatisme et du totalitarisme ».
En ce sens, la culture aura ici toute sa place : « Le projet qui doit voir le jour en 2010 prévoit notamment un auditorium de 250 places. Il accueillera des débats, des pièces, des films autour de nos thématiques ». Il ajoute : « Pour moi la culture c’est aussi une manière de dire une part de l’indicible de cette tragédie. Bien sûr, les bases historiques et, plus largement scientifiques que nous présenterons sont nécessaires pour mieux comprendre les phénomènes qui conduisent à ces abominations, pour comprendre ce qui conduit les uns à céder, à collaborer et d’autres à résister. Mais il est aussi de plus en plus évident à mes yeux que, face à un génocide, quelles que soient les études, aussi poussées soient-elles, il y a toujours un moment où l’on ne peut plus comprendre. Et c’est là qu’interviennent les outils qui relèvent de la poésie et de l’art ». Il reprend : « L’histoire de ce lieu, les nombreux intellectuels qui y ont séjourné, arrêtés, ironie de l’histoire, parce que membres d’un pays en guerre avec la France, alors même qu’ils avaient fui leur pays parce que militants politiques, parce que juifs, parce qu’artistes et intellectuels dans un pays où Goebbels expliquait : « lorsque j’entends le mot culture je sors mon revolver ». Parce que l’Allemagne Nazie avait mis en avant une certaine conception de la nature au détriment de la culture. Et, d’autre part, dans ce lieu même, la culture a été un outil de résistance ».
Il rappelle comment cette histoire tragique est sortie de l’oubli, grâce à des universitaires allemands qui ont alerté des collègues français. Comment d’anciens résistants et déportés ont su s’unir pour préserver le site. « On m’a alors demandé d’aider sur ce dossier ». Ainsi commence le combat d’une vie. « Nous ne mesurions pas pleinement l’ampleur du dossier mais, d’obstacles en réticences, notre volonté n’a fait que grandir ». Plusieurs thèmes ont émergé : « Celui d’un camp, important, oublié, avec le besoin de mémoire et d’histoire que cela imposait ». Il était d’autant plus insupportable « de voir l’extrême droite s’implanter fortement dans cette même région. D’où la nécessité d’avoir un volet d’éducation citoyenne ».
Et Alain Chouraqui de souligner que « tout s’est passé aux Milles avant l’occupation allemande ce qui donne la capacité d’universaliser le discours. Le problème ce n’est pas l’Allemand, ce n’est pas l’autre, c’est l’Homme ».
M.C.
* L’équipe du projet comprend, outre Alain Chouraqui (bénévole), Naïri Arzoumanian, Odile Boyer, Jeanne-Marie Brémond, Giorgia Ceriani-Sebregondi, Emmanuel Debono et Rémy Knafou
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