 Jérôme et Christophe, deux web artisans de la musique (Photo MLT) Internet. A l’heure où le gouvernement veut sanctionner les téléchargements pirates, des artistes ouvrent de nouvelles voies. Rencontre.
A la Fiesta des Suds cette année, entre un concert de Bashung et un autre de Nneka, gros poissons de la SACEM, on pouvait croiser Jérôme et Christophe, petits poissons de la musique libre. Mais au fait, c’est quoi la musique libre?
“Vous connaissez le net? Et bien nous, on l’utilise pour diffuser notre musique en toute légalité. A nos concerts, vous pouvez même venir avec une clé USB et repartir avec de la musique dessus” expliquent-ils en chœur à la tablée de festivaliers en pleine pause bière. Leur concept, c’est la licence libre, “en dehors du système fricophage qui tue la création et qui ne laisse aucune place aux petits”. C’est en suivant ce concept qu’ils ont créé Révolution Sound Record, un collectif d’une trentaine de musiciens pour qui la musique reste un produit…auquel chacun fixe le prix qu’il estime juste. “Sur notre site, explique Christophe, les artistes du collectif mettent leurs albums en téléchargement libre. Nous, on est dans une logique de dons. ça me plait, je donne des sous. Pour l’instant, c’est plus du soutien que de la vente à proprement parler et ils n’ont pas tous encore le réflexe de donner mais on milite pour ça. L’idée, c’est de créer un nouveau rapport entre les artistes et le produit qu’est la musique”. Bien loin du projet de loi Création et Internet du gouvernement Fillon donc.
Pour une ouverture du système
Ce texte, vendu à grand renfort de sites Internet (jaimelesartistes.fr) et de spots publicitaires, prévoit la suspension de l’abonnement ADSL de tout internaute pris en train de télécharger des œuvres illégalement, après qu’il ait reçu deux avertissements.
Selon le site de support du texte, ce dernier protégerait surtout les “producteurs et distributeurs indépendants, dans une situation fragile et donc plus menacés par le piratage”.
“Faux” déclarent à l’unisson Jérôme et Christophe, tous deux producteurs et distributeurs. “Un groupe qui a eu un succès déposé à la SACEM, qui est tombé dans l’oubli et qui voudrait aujourd’hui s’auto produire ne pourrait pas le faire car la SACEM est propriétaire de ses droits pour dix ans. Nous, on milite pour une ouverture de ce système qui brise les énergies. On voudrait rester maîtres de notre diffusion sur le web par exemple, en laissant la SACEM gérer nos diffusions médias. Mais les web radios, au nom des droits d’auteur, ferment les unes après les autres. Quelle marge de manœuvre nous reste-t-il?” Les licences libres, leur propre site de téléchargement et la scène.
Le mois dernier, Révolution Sound Record organisait Le Son du Libre, petit festival au cours duquel se produisaient des “créateurs qui gèrent leurs créations”, qui préfèrent les licences de libre diffusion aux copyrights dépassés par la technologie. Des artistes qui utilisent les réseaux Peer 2 Peer comme moyens de diffusion et non comme logiciels de piratage. Des musiciens qui pensent que leur métier se fait sur scène avant de se faire en studio et que le web est aujourd’hui le meilleur moyen de voir les salles se remplir.
Paul Goiffon
Le projet de loi Création et Internet a été adopté par le Sénat en première lecture ce jeudi 30 octobre. Les sénateurs de l’UMP, centristes et socialistes ont voté pour, seuls les élus PCF se sont abstenus. Le projet de loi devrait être examiné à l'Assemblée nationale avant la fin de l’année.
Plus d'infos sur revolutionsoundrecords.org
jaimelesartistes.fr
laquadrature.net
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