Accueil arrow Le Mag arrow Reportages arrow DERNIER CRI AVANT LE GRAND SILENCE 09-09-2010, 21:29

Un extrait de Crésus, de Jean Giono


crésus (1960)
envoyé par pastre_du_vilatge.

DERNIER CRI AVANT LE GRAND SILENCE
02-06-2008
 

Imges DR
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Mai 68. Le début de la fin ou la fin du début ? Sans doute les deux à la fois tant rock'n roll, jeunesse et subculture ne seront dès lors plus jamais les mêmes.

Après cela, il aura fallu poireauter dix ans, excepté quelques éclairs individuels, pour que le rock'n roll ait de nouveau quelque chose à nous dire, qui nous concernerait tous. Une décennie presque aussi blanche que la poudre en attendant les Clash, les Jam, les Pistols et le réveil qui sonne, furieux.
68-77, ou une mer des Sargasses d'où l'on ne réchapperait qu'en brûlant, les yeux embués de douleur, les vieilles photos dédicacées des sixties sur l'autel du punk. Et si 68 n'avait finalement accouché de rien, sinon de quelques chefs-d'Suvre ?
Les nouveaux droits civiques et sociaux sont là, certes, mais l'utopie s'est belle et bien crashée en plein ciel. Fané le flower power, séparés les Beatles, bienvenue dans les stades aux allures de parcs à bestiaux. Au Viet-Nam, ça continue de plus belle. A la Villette, on joue aux Abattoirs. Normal, le capitalisme a repris la main, et avec lui une industrie musicale plus féroce que jamais. Mais que le coup est passé près&

Retour sur un âge d'or

Reprenant, évidemment, l'aversion de Jack Kerouac pour les beatniks lancés à ses trousses du côté de Big Sur, c'est un Bob Dylan sarcastique que l'on retrouve dès 1965. On confère à sa musique, nous voulons bien sûr parler de ses textes, une marque messianique de nature à symboliser des phénomènes politiques et sociaux qui dépassent l'époque ? Enigmatique, il se retire gentiment, laissant sa génération méditer sur ses sarcasmes. Poète, oui, porte-parole sûrement pas et la politique, n'est pas l'affaire en question. Mais reprenons les choses dans l'ordre.
Le rock'n roll dans les années 60, c'est d'abord une libération, renvoyant les fifties aux plaisirs de la danse et de la frime. Libération de la jeunesse teenager (My Generation des Who), du sexe (Safisfaction des Stones), du prolétariat anglais enfin invité à jouer les dandies et à singer le vieil establishment ( quelle chanson des Kinks mettre en exergue ? ). De l'émancipation donc, mais point de message politique dans une société européenne bouclée à double tour où le simple fait d'être jeune et de ne pas se taire est déjà un exploit en soi. L'hédonisme se suffit alors à lui-même et c'est tant mieux, à l'ombre de Lady Jane, d'Eleonor Rigby et d'autres filles en fleurs.
Mais la roue qui tourne a vite beau jeu de rattraper l'insouciance des chemises à jabot et des scooters Lambretta. Et les préoccupations deviennent rapidement aussi multiples qu'interdépendantes. Artistiques, spirituelles, philosophiques et bientôt politiques, elles conduisent à cette vérité aussi incongrue qu'évidente : un album peut changer le monde. Un album car c'est lui désormais le format standard et non plus le 45 tours et ses hit-singles radiophoniques.
La technique joue son rôle : invention de la stéréophonie, des premiers instruments électroniques, synthétiseurs, premières expérimentations électroacoustiques. Alors que les ingénieurs du son portent encore des blouses blanches, chaque studio est avant tout un laboratoire. Laboratoire aussi le cerveau du songwriter, irrigué par l'acide lysergique dont on découvre l'utilisation (Bike de Syd Barrett, Lucy in the Sky des Beatles). Le temps des voyages intérieurs, celui des voyages en Orient comme de nouveaux Nerval, un autre psychédélisme dans les malles, ce temps-là a commencé. 

En 1966, les Beatles prétendent tout ignorer de William Blake. Mais l'art pourtant ne va pas tarder à frapper à la porte. Andy Warhol, le pygmalion du Velvet, signe ses premières pochettes. Le pop art est partout. Et John rencontre Yoko.
Sur la côte est, The Band concocte son premier album, Music from Big Pink, du nom de leur grande maison rose où ils marient avec génie tous les genres musicaux de l'Amérique. The Velvet Underground sort White Light/White Heat. Leur influence posthume sera plus que considérable.
En 68, la musique black se porte plutôt bien. Jugez-en : nouvel album pour James Brown, Marvin Gaye, Otis Redding, Aretha Franklin. Le rock'n roll se trouve un nouveau porte-voix et non des moindres avec John Fogerty et son Credence Clearwater Revival. A couper au couteau.
Coup d'Sil sur la côte Ouest, Los Angeles et San Francisco. Le talent de Neil Young s'affirme avec éclat au sein de Buffalo Springfield (Last Time around) tandis que la diaspora des Byrds continue son bonhomme de chemin.
Mais l'attraction cette année-là est ailleurs. Elle porte un nom : Jim Morrison. A la tête des Doors, qui publient Waiting for the Sun, le poète mi-chaman mi- sex symbole électrise les salles. Sa légende est en marche qui le conduira jusqu'au Père Lachaise.
En Californie toujours, certains font très fort. Au Fillmore East et un peu partout en vérité, des groupes de cinglés rivalisent de concerts fleuves bien arrosés d'acide et de mescaline : Grateful Dead, Jefferson Airplane, combos aussi emblématiques du mouvement hippie que la petite Janis Joplin.
De cette affaire, il n'y aura que peu de rescapés. Mais le jeu paraît-il en valait la chandelle, quitte à la brûler par les deux bouts. Au fait, pour ceux que ça tente, Franck Zappa donne son premier concert à Paris.

De retour en Grande-Bretagne

Après l'invasion britannique, ainsi qu'on la surnomma et qui s'était abattue sur les USA quelques années auparavant, c'est bien le Nouveau Monde qui semble tenir la dragée haute aux sujets de sa très psychédélique Majesté. Erreur funeste.
En 68, dans la foulée de John Mayall et de Jeff Beck, les Anglais mettent les bouchées doubles pour rendre une copie de blues raturée et poisseuse à souhait. La leçon a déjà été retenue. Mais là n'est pas l'essentiel. Les Who publient The Sell Out, magnifique galerie de portraits incandescents signés Pete Townshend, figure vénérée parmi toutes et pour longtemps puisque seul notre vieux papy trouvera grâce aux yeux de la génération de 1977. Il le mérite bien. On croit souvent à tort que l'on doit aux Who le premier opéra rock avec Tommy. Faux, le premier concept album est l'Suvre des Pretty Things. SF Sorrow, une Suvre étourdissante enregistrée à Abbey Road qui deviendra mythique. Donovan chante Hurdy Gurdy Man, Nick Drake n'a pas encore éclos mais ça ne tardera pas. De leur côté, les Kinks réalisent The village green preservation society, merveille d'humour et de délicatesse.
Mais en Grande-Bretagne, l'affiche de l'année, c'est encore une fois& les Beatles et les Stones. Les premiers publient le double album blanc, les seconds Beggar's Banquet. Il est utile de préciser que si nous tenons là deux piliers ultimes de la culture rock, ces albums ont été publiés après les événements de mai.
Revolution 1 et Revolution 9 de Lennon (sans plus guère de Mac Cartney) et le Street Fighting Man de Jagger-Richards n'ont donc pas influé sur le cours de l'Histoire, ils témoignent de l'Histoire. George Harrison, lui, a sans doute encore la tête dans un ashram. Car l'année 68, c'est aussi le fameux voyage en Inde en compagnie de Mia Farrow et d'autres. Evénement d'importance en janvier avec la naissance d'Apple, la fameuse maison de disques ayant pour but de promouvoir des artistes d'avant-garde. Apple se cassera la figure, tout comme les dernières barricades du Quartier Latin. Les années 70 ont commencé avec deux ans d'avance. Mais 68 arrive, et siffle la fin de la récréation de ces roaring sixties insouciantes, ludiques et prolétariennes. Ce ne sera plus jamais la même limonade.

Des pavés et des watts

Il n'est pas d'album manifeste de mai 68. Hélas, serait-on tenté de dire tant cela nous aurait facilité la tâche. Car la production discographique de l'année est tout simplement colossale. Le seul point commun, c'est cette captation de l'air du temps et de cette anxiété qui fixe les colères.
Les amplificateurs ont grossi et le blues qu'ils déversent tient désormais de la lave en fusion. Un tour aux USA. Hendrix fait hurler sa guitare sur Electric Ladyland. Le voodoo child y donne sa propre version hallucinée de All along the watch tower de Bob Dylan, chanson parue la même année sur John Wesley Harding, le très bel album folk du Zim. Hendrix incarne l'époque: violent, désabusé et remonté comme une pendule.
Pendant ce temps, Johny Cash et Leonard Cohen poursuivent leur voie royale de grands chanteurs de l'Amérique du Nord et de ses histoires de gens simples, de routes, de petits bleds mal digérés par le ventre mou du Midwest. Des disques somptueux et tout à fait intemporels. Le folk se découvre deux petits jeunots inconnus, Simon et Garfunkel, qui chantent Mrs. Robinson dans le film génial Le Lauréat (The Graduate).

Jean-François Sicurani
Photo DR



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