 Kouba au cimetière St Pierre de Marseille (Archives Outre mer Aix) Table Ronde. Les Rencontres invitent à réfléchir à la question « Entre Islam et Occident, la Méditerranée ». Vital.
Les tables rondes des Rencontres d’Averroès ont lieu aujourd’hui et demain au Parc Chanot. A l’ordre du jour « Entre Islam et Occident, la Méditerranée ? », un thème décliné sous divers angle (voir ci-dessous ). Que de chemin parcouru par cette manifestation qui entend « penser la Méditerranée des deux rives », depuis sa première édition, voilà quinze ans. Que de chemin parcouru, surtout, par la société.
Cette manifestation, conçue par Thierry Fabre, produite et organisée par l’EspaceCulture » est née dans l’anonymat, prêchant quasiment dans le désert. Heureusement le public a répondu tout de suite présent. Et, cette quinzième édition arrive dans un contexte tout autre. Elle est la première manifestation réalisée dans le cadre de Marseille Provence capitale européenne de la culture 2013. Les tables rondes concluent une semaine où il a été souvent question de l’Union pour la Méditerranée, avec le sommet des ministres des Affaires étrangères, avec les Etats généraux culturels méditerranéens. Des Etats généraux qui ont montré à quel point la culture est un élément essentiel pour la réussite de la démarche entreprise. Par les enjeux même, qu’elle véhicule et par le fait qu’elle permet aux acteurs de la société civile de s’exprimer, d’exprimer leurs attentes, leurs questions. Des sociétés civiles qui sont les principales garantes du possible et si nécessaire succès de l’Union. Et il y a urgence, les menaces pèsent, lourdes.
Alors, Thierry Fabre peut dire son impatience, son inquiétude, lors de la conclusion des Etats généraux. Concernant la Méditerranée, il avance trois mots : colère, illusion, espoir. « Nous vivons en Méditerranée un vrai temps de colère qui enfle, qui monte. Il est lié à l’immobilisme politique. Il est lié au rapport à la frontière : 3 000 morts à celle de l’Europe. Une colère qui est liée à l’absence de circulation et de mobilité, à la peur des attentats et de la guerre. Face à cela nous avons Barcelone, un partenariat sans partenaire. Et il a fallu beaucoup de temps pour relancer le processus. Maintenant, il y a l’Union pour la Méditerranée, mais attention aux illusions. Il faut vite construire une converge d’intérêts définit en terme commun. L’espoir est à ce prix ».
Et les Rencontres peuvent nourrir l’espoir. Elles sont un temps de recul, de réflexion, un temps citoyen pour construire aujourd’hui et demain.
Thierry Fabre interroge : « Que se passe-t-il dans les relations entre une rive et l’autre de la Méditerranée ? Les tensions, les incompréhensions, les refus et les replis semblent s’accumuler ces dernières années et se cristalliser autour de l’opposition Islam/Occident. Deux mondes sont-ils en train de se faire face ? Deux civilisations de s’entrechoquer, dans une bataille vieille de plusieurs siècles qui prend une ampleur inégalée aujourd’hui ? ». Les questions sont là. Ce monde là est possible. Des forces, sur les deux rives, œuvrent en ce sens. Et puis des signes d’espoir. « Est-il possible d’aller un peu plus loin que les formules qui nourrissent la dynamique des affrontements et construisent le face à face entre « Eux » et « Nous », entre Islam et Occident ? ».
On le voit, les Rencontres sont loin d’être un simple débat d’intellectuels, éloignés des réalités. Elles nous concernent tous, en tant qu’individu : qui sommes-nous ? Elle nous concerne en tant que citoyen : quel monde, quel avenir voulons-nous, à partir de quelle histoire ? Des Rencontres qui, finalement, permettent de se rencontrer soi-même en rencontrant l’autre.
MICHEL CAIRE
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