 Un supporter iranien de football (Photo DR) Foot, liberté, femmes. Les Rencontres d’Averroès étaient la semaine dernière chez les Winners autour du film Hors jeu, de l’iranien Jafar Panahi. Une soirée passionnante.
Vendredi 31, 20h30, la salle des Winners, célèbre groupe de supporters de l’OM, est pleine. Et cela à l’occasion des Rencontres d’Averroès. Au programme, un film, Hors jeu, de l’iranien Jafar Panahi. Soirée extraordinaire qui permet de mesurer à quel point, on peut, à partir du foot se poser des questions sur une société. A quel point les Rencontres d’Averroès, loin d’être une manifestation d’intellectuels pour des intellectuels, posent des problèmes qui nous touchent au quotidien. Une manifestation qui n’est en rien un simple coup mais s’inscrit dans un travail de longue durée accompli par l’EspaceCulture en direction des supporters, notamment par le biais de « Lever de rideau », opération permettant d’aller voir un match de football et une pièce de théâtre à tarif réduit.
Thierry Fabre, le concepteur des Rencontres est présent chez les Winners. Il avoue : « Vous comptez 5 500 membres, nous n’avons que 1 600 personnes qui viennent aux Rencontres. C’est dire si je suis impressionné par la force de votre club ». Il se présente : « J’aime le débat d’idées, la philosophie, le foot, la Méditerranée ». Il se réjouit : « J’ai vu en arrivant une banderole anti-fasciste. Cela m’a fait le plus grand plaisir car les idées obscurantistes sont toujours là et il faut toujours les combattre ».
« Un club de supporters est plus
qu’un club de supporters »
Il passe la parole à Christian Bromberger. Ce dernier est professeur d’ethnologie à l’Université de Provence où il dirige l’Institut d’Ethnologie Méditerranéenne Comparative. Il vient de passer plusieurs années en Iran. Il lance : « Je suis très heureux d’être présent ce soir chez les Winners. La dernière fois que j’étais venu votre local était encore au Panier. Et c’est avec beaucoup de sympathie que j’ai vu croître ce club. Car on sait bien que le foot est plus que le foot, un club de supporters plus qu’un club de supporters ».
Les questions sont nombreuses. Christian Bromberger répond, parle de l’Iran, « un pays qui connaît une situation très contradictoire. Il y a plus de filles (60%) que de garçons à l’Université. Elles occupent des postes qu’elles n’ont pas, dans bien des pays arabes. Quand on regarde la composition du gouvernement, ce n’est pas mieux qu’en Europe mais elles ont des postes au gouvernement ». Il poursuit : « En Iran nous sommes toujours dans le paradoxe et la contradiction. Car, si on regarde la natalité, il y a aujourd’hui deux enfants en moyenne par famille contre 6,8 en 1986. Et en même temps les femmes subissent toute une série d’interdits. Parmi eux, le fait de ne pas pouvoir aller au stade. Alors qu’elles peuvent voir des matchs à la télévision ». Précise : « Cet interdit a débuté en 1998. L’équipe d’Iran se bat pour se qualifier à la Coupe du Monde. Des femmes viennent au stade, le speaker leur demande de rentrer chez elle ». Elles sont dans un premier temps parquées dans un coin du stade puis à nouveau interdites. Une fatwa, en 2005, leur interdit l’accès au stade. Elle évoque l’indécence, la promiscuité physique et l’ambiance. « Le stade est un des rares lieux où l’on peut dire des gros mots, et c’est important de dire des gros mots ». Problème, pendant que les femmes iraniennes ne peuvent entrer les femmes étrangères le peuvent. Un journal féministe iranien demande pourquoi ? Les Iraniennes pourront retrouver le chemin du stade lors d’un match contre la Corée du Nord, à condition d’être à côté des supporters nord-coréens. Avant, de nouveau, l’interdit.
« Le stade est un des rares
espaces publics en Iran »
Et d’expliquer, enfin, cette passion pour le foot du public iranien. Il avance plusieurs raisons : le pays connaît un fort nationalisme du fait de son histoire. Le stade est un des rares espaces publics existant en Iran. Enfin, les femmes sont particulièrement passionnées par ce sport car il ouvre une fenêtre sur le monde. Une impérieuse nécessité dans un pays où la répression va croissante. « On compte 150 000 arrestations, ce qui ne veut pas dire 150 000 rétentions, pour le seul mois de juillet dernier à Téhéran, ville de 13 millions d’habitants. On assiste à un divorce croissant entre la population et le gouvernement, notamment à Téhéran. Mais la société civile n’a plus la volonté de faire une autre révolution et se replie sur la sphère privée ».
Comment, enfin, ne pas dire quelques mots du film qui mérite un nombreux public. Il parle, comme l’explique, Jeanne Bromberger « de foot, de liberté et de femmes ». L’équipe iranienne joue sa qualification pour la Coupe du Monde de football contre la sélection du Bahreïn. Tout un peuple retient son souffle. Les supporters se ruent en masse pour encourager la sélection nationale. Problème : seuls les hommes sont autorisés à pénétrer dans l’enceinte sportive. Malgré tout, certaines femmes outrepassent l’interdiction et tentent d’y entrer en cachette. Toutes ne réussissent cependant pas à duper les forces de l’ordre. Qu’arrive-t-il à celles qui se font attraper ?
MICHEL CAIRE
France Culture aux Rencontres
France culture est un partenaire actif des XVe Rencontres d’Averroès. Au-delà de l’enregistrement des tables rondes, elle propose diverses émissions. Ainsi « L’affaire Gouguenheim » - six mois après la parution du livre polémique Aristote au Mont Saint-Michel de Sylvain Gouguenheim (Seuil, Mars 2008) - sera dans La fabrique de l’histoire d’Emmanuel Laurentin le 7 novembre à 9 heures au Parc Chanot de Marseille en direct et en public
Sylvain Gouguenheim remet en cause dans son ouvrage la thèse communément admise de la transmission des savoirs de la philosophie grecque par la civilisation arabe au moyen age, relativisant ainsi l’apport de cette dernière dans la constitution de la culture européenne. Avec Marwan Rashed, professeur à l’École Normale Supérieure, chercheur au CNRS, et Hélène Bellosta, historienne, spécialiste de l’Islam médiévale, directrice de recherche au CNRS au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, et Anais Kien, chroniqueuse et collaboratrice de l’émission.
La fabrique de l’histoire explore les usages politiques et sociaux du passé en proposant une thématique par semaine, et en traitant de l’actualité de l’histoire le vendredi.
Elle est suivie de 12h à 13h30 du magazine culturel Tout arrive ! d’Arnaud Laporte. Marseille Provence 2013 - capitale européenne de la Culture. Avec Bertrand Collette chargé de mission du projet de Marseille-Provence 2013, et Rudy Ricciotti, architecte du MUCEM (musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée).
De 12h50 à 13h30 avec Mathias Enard pour Zone (Actes Sud), et Bruno Etienne, sociologue et politologue, spécialiste des questions de religions, fondateur de l’Observatoire du religieux.
Tout arrive ! propose chaque jour de rendre compte de l’actualité culturelle en réunissant les passionnés de chaque discipline, attentifs aux commentaires critiques des «tables rondes » comme aux entretiens de fond, menés avec des créateurs et des intellectuels.
A 18h30 Cultures d’Islam d’Abdelwahab Meddeb.
Le samedi 8 novembre à 12h, Abdelwahab Meddeb enregistre un autre numéro de Cultures d’Islam avec des intervenants issus des Rencontres d’Averroès.
France Culture enregistre également les trois tables-rondes organisées par les Rencontres d’Averroès pour une diffusion à l’antenne dans la grille d’été 2009.
99/ 98,6 franceculture.com
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