 Une dernière table ronde axée sur les questions d’actualité et les perspectives possibles (Photo ROBERT TERZIAN) 3e table ronde. Entre djihadisme et occidentalisme, nouvel affrontement des blocs ou renaissance méditerranéenne ?
« Nous avançons, avec cette table ronde sur djihadisme et occidentalisme sur un terrain plus politique. Nous abordons les réalités contemporaines et nous interrogeons l’avenir. »
Thierry Fabre initiateur des Rencontres, anime cette troisième table ronde sur le thème : « Entre djihadisme et occidentalisme, nouvel affrontement des blocs ou renaissance méditerranéenne ». On retrouve à ses côtés Mohamed Tozy, politologue et sociologue marocain qui mène un travail sur la monarchie marocaine et sur les mouvements islamiques. Nadia Yassine, porte-parole du mouvement islamique marocain créé par son père « Al Adl Wal Ishane » et Mathias Enard qui, après des études d’arabe et de persan et de longs séjours au Moyen-Orient, s’installe en 2000 à Barcelone. Il est notamment l’auteur de « Zone ».
La première question abordée par les participants peut paraître en marge de ce débat, et pourtant, elle en est peut être au cœur, entre les volontés de rapprochements des uns, de construction de murs pour les autres. « Pourquoi la Méditerranée ne fait-elle plus rêver ? ».
« Mais elle me fait encore rêver et c’est pour cela que je ne veux pas oublier qu’elle a été aussi un cauchemar », rétorque Mathias Enard. Selon lui : « La Méditerranée est un monde de récits depuis les Grecs et traversée par des mythes provenant soit de l’antiquité soit du religieux ». Pour Nadia Yassine : «C’est un monde de légèreté, de thalassothérapie, mais c’est aussi celui de la 6e Flotte américaine ». Et elle pense qu’ « il y a un orientalisme créé par l’occident afin de légitimer le colonialisme ».
« La Méditerranée doit être un parti pris »
Pour Mohamed Tozy : « L’idée de Méditerranée est une fabrication anthropologique, une Méditerranée factice et exotique qui évacue le partage et la dispute. La Méditerranée n’est pas unie par l’histoire. Elle doit être un parti pris, un choix plus tourné vers l’avenir que vers le passé ».
Vient alors la question : « Que veut dire djihadisme ? » Pour Mohamed Tozy « C’est une idéologie relativement récente. Elle prend son essor lors de la 1ère guerre du Golfe lorsqu’une partie du mouvement salafiste considère qu’une partie de l’Arabie Saoudite est occupée par les Etats-Unis ». Avant de préciser : « La violence est un choix possible dans toutes les religions ». Puis considère : « Le désir de guerre est ponctuel. C’est souvent la résultante d’une colère. La religion est d’ailleurs très peu présente dans l’idéologie des mouvements islamiques ».
Mathias Enard reprend : « A partir du moment où il y a violence, nous ne sommes plus dans le religieux mais dans le politique. Ainsi, en Algérie, la violence est avant tout politique. Nous sommes dans un système de violence, de douleur, de peur de l’autre, nous sommes dans un univers proche de Viva la muerte ».
Nadia Yassine déclare : « Le djihadisme est à mes yeux une crispation identitaire ». Thierry Fabre lui demande alors : « Vous défendez l’idée d’un pacte islamique, que fait-on dans ce cadre des non musulmans ? ». Elle répond « Au Maroc tout le monde se dit musulman ». Cette réponse ne convient pas à toute une partie de la salle qui le fera savoir au travers de nombreuses questions.
L’identité se construit dans le mythe
Le statut des femmes est également abordé. Nadia Yassine explique : « Il y a un machisme musulman qui est plus féroce que le machisme général. Nous sommes dans un pays où le peuple est apolitisé, analphabète. Où le pouvoir opprime aussi bien les hommes que les femmes ».
L’élection de Barack Obama ne pouvait qu’être abordée. Signifie-t-elle qu’un espoir est possible ? Mathias Enard a envie d’espérer. « En même temps il hérite d’une situation. Il ne pourra pas changer la politique américaine d’un coup ».
Et l’Union pour la Méditerranée ? Selon Mohamed Tozy : « L’identité se construit dans le mythe. Il y a des raisons d’espérer. D’autant que nous avons, avec la crise actuelle, la possibilité de dépasser une crise de la pensée. Il n’était pas possible jusqu’à présent d’avoir une autre pensée que celle du néo-conservatisme. Maintenant une brèche vient de s’ouvrir. Dans le même temps, l’idée de départ était celle d’une union de la Méditerranée et nous avons hélas assisté à une régression avec la nouvelle formulation d’union pour la Méditerranée. Ce projet crée une séparation même si l’idée est généreuse. Une chance a été en partie gaspillée mais il faut la faire évoluer ». Il conclut : « Ceci dit, tant qu’il n’y a pas de possibilités de mobilité le projet ne pourra qu’échouer ». Sur cette même question, Nadia Yassine dénonce une nouvelle fois l’impérialisme mais juge qu’il y a là un espoir et une volonté des peuples. Mathias Enard considérant : « L’Union européenne, avec tous ses défauts, prouve qu’on peut s’unir sans violence ».
Puis un jeune homme affirme avoir été torturé par les équipes de Nadia Yassine et interroge cette dernière sur sa position sur la modification du code de la famille. Elle avait alors organisé une manifestation contre ce projet. Cette dernière affirme alors : « Ne pas avoir marché contre la loi mais contre les diktats internationaux ». Alors que pour Mohamed Tozy : « Pour des raisons de survie il est aujourd’hui nécessaire de créer des espaces de régulations en dehors du religieux. Problème, les intellectuels, qui il est vrai sont menacés, ont démissionné sur le fait de penser une société séculière »
M.C. |
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