 Photo DR Opinion.
Quatre années ont passé d’Athènes à Pékin. Dans la capitale grecque, Laure Manaudou avait étonné le monde du sport en France et celui de la natation mondiale...
Ce 400 mètres arraché dans l’eau limpide de la piscine allait déclencher une saga fastueuse pour se terminer 48 mois plus tard en mélodrame. Laure, l’adolescente, devenait demoiselle et surtout un sujet d’une curiosité sans cesse renouvelé. Du jour au lendemain, elle fut couronnée reine et devint la proie du monde commercial. La télévision chantait ses louanges et présentait cette fille d’Ambérieux comme une surdouée, capable de tout. Le plus grave, c’est la presse people qui s’emparait du sujet pour en raconter tous les traits et chercher ses énormes mérites.
Elle fut couverte de contrats. Avion spécial à sa disposition, voiture et chauffeur, elle fut réclamée dans le grand monde. Des milliers d’images, des centaines de pages, des livres. Laure fut éblouie et stressée. Son entraîneur de Melun transférait sa création du gris de Melun au soleil de Canet Plage.
Le changement de statut, tout le monde sur ses talons, c’était malsain. Philippe Lucas, qui avait formé durement une gamine en star, n’était plus à son rang. Il n’a pas su changer ses méthodes.
Ses amours de demoiselle furent comptés. Comble de l’histoire, Laure avait le nageur italien Luca Marin comme fiancé. Les démons ont monté son transfert en Italie pour suivre son Roméo. Pauvre Juliette, on voulait en faire une icône italienne digne des pinceaux modernes de Michel-Ange ! Pas acceptée, jalousée, Laure fut obligée d’abandonner pour repasser les Alpes.
La piscine olympique de Vérone n’était pas pour elle. L’histoire de Roméo et Juliette tournait mal. Retour chez elle, meurtrie, anéantie, écrasée par les louanges, broyée par les cancans, les histoires d’amour furent sur la place publique. Lucas vilipendait son ancienne élève et formait des nageuses pour la contrer. Fragile, ô combien, Laure n’a pas digéré sa gloire, sa fortune, ses résultats. Retour en famille d’abord, puis à Mulhouse, elle a tenté de remonter vers ce récent passé. La marche du temps est inexorable. Photos coquines, histoires fausse, dédain. Elle tombait de haut. Le plot de départ était glissant. De tous côtés, elle fut défaite. On passe vite de la gloire à la déchéance. Les mêmes qui ont écrit le roman d’une jeune fille sage et déesse de la natation ont changé leur ordinateur passant de l’encens aux fleurs de Miserere. C’était puant, abominable. Presque seule, Laure Manadou malgré le talent de Horteur (entraîneur) a perdu son âme juvénile et a vu l’immense cercle de la renommée se rétrécir pour devenir minuscule. Quelle belle leçon à retenir de ce monde moderne qui s’empare des gens, les hisse haut avant de les rejeter, surtout quand ils sont fragiles et trop adulés !
Il reste quelque chose d’énorme, l’or de Laure à Athènes vaut toujours 18 carats à l’estimation aurifère et aussi elle peut s’enorgueillir d’avoir réveiller la natation française en donnant un bel élan au sport en général. Cela ne s’efface pas. Chapeau Mademoiselle Laure ! A 21 ans, on peut ressurgir en prenant soin d’écarter les monteurs d’histoires et les grands argentiers devenus pingres. Athènes 2004 reste gravé à tout jamais. Il reste les vrais sportifs qui eux ont vibré, il y a quatre ans, et furent meurtris par cette chute dont elle est loin, très loin d’être la seule responsable.
PIERRE ANDREIS
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