 Les socialistes attendent beaucoup du congrès de Reims (Photo Parti Socialiste) Qu’ils habitent les Bouches-du-Rhône ou l’Hérault, les militants socialistes que nous avons rencontrés attendent énormément du congrès du PS. Même s’ils n’en espèrent pas tous la même chose.
Du congrès de Reims, le Biterrois Fabien Nicolas attend d’abord « une majorité claire ». Ce qui, il le conçoit, n’est pas évident puisque aucune motion n’a obtenu la majorité. En tout cas, il estime qu’une synthèse Aubry-Royal ou Royal-Delanoé est « peu probable ». « Je souhaite, insiste-t-il, un premier secrétaire qui mette le parti au travail et j’espère que ce sera Martine Aubry si elle est candidate. » En même temps, ce n’est pas à ses yeux qu’une question de personne. Loin s’en faut. Il pense qu’il y a trois possibilités pour le PS : un parti de militants (celui d’Aubry qui propose cinq conventions nationales), un parti de notables (celui de Delanoë) ou un parti à l’Américaine, celui de Ségolène Royal qui serait « un parti tourné vers les mass media et les sondages d’opinion et donc qui change d’axe tous les jours ». Cela dit, Fabien Nicolas insiste : « Le parti est à un tournant. Il faut certes apporter des réponses à nos problèmes, mais surtout aux problèmes des gens. Et le but n’est pas de se battre entre nous ». Ce qui ne l’empêche pas de s’inquiéter de cet « UMP socialiste » que propose Ségolène Royal « qui ne sera pas un parti de gauche dans sa structuration ».
Enfin, la question des alliances est, pour ce jeune socialiste, déterminante. « Le Modem n’a qu’une seule ambition : les Présidentielles. Et le Parti socialiste a aussi cette vocation présidentielle. On voit bien qu’en ayant pratiquement toutes les régions et 60% des conseils généraux, il ne peut changer les choses. Alors je trouve très dangereux qu’on aide le Modem à se structurer pour les élections présidentielles »
François Baraize n’est pas tout à fait sur cette ligne. Du congrès, il attend « un projet capable d’affronter le monde actuel. Ce qui passe d’abord par une vraie réflexion sur la capacité de la puissance publique à influer sur l’économie, sur la distribution des richesses. » Ce Montpelliérain aimerait aussi « un parti qui prenne mieux en compte les attentes de ses concitoyens, et de ses adhérents de plus en plus divers. » Un parti plus démocratique, plus ouvert. « Le parti s’est rétréci, analyse-t-il, il n’arrive plus à travailler avec ses partenaires naturels ni avec les associations qui lui ont confisqué des pans entiers de combats. » Attac, la Confédération paysanne, les Amoureux au ban public… « Ces mouvements nés ces quinze dernières années se sont créés en marge du PS. Ils doivent nourrir un projet global. C’est le travail du PS de le faire sinon il ne sera pas majoritaire. » Ca, c’est sa vision d’un parti disons, idéal. Dans la réalité, ce congrès sera plutôt, selon lui, celui du renforcement d’une position : « Le résultat du vote pour Aubry et Hamon pèse 45%. Et qu’un discours de gauche fasse un tel score ce n’est pas rien. »
Mais que ce soit Hamon qu’il soutient ou quelqu’un d’autre de la motion Aubry, ce qui importe à François Baraize, c’est que le parti « construise une majorité autrement qu’autour d’un projet présidentiel. Ce qui fait mourir ce parti, c’est que son seul objectif soit de gagner la présidentielle. C’est aussi pourquoi je préfère que la majorité ne soit pas conduite par S. Royal ou B. Delanoé. »
A l’instar de leurs camarades héraultais, les militants socialistes des Bouches-du-Rhône « attendent beaucoup de ce congrès ». Frédéric, conseiller juridique, a repris sa carte en 2007. Il se définit comme un « militant impliqué » et n’a pas compté ses heures lors des dernières campagnes, présidentielle et municipales. « Je souhaite que cela soit le congrès d’une nouvelle génération de dirigeants. Ils nous ont laissés dans une sacrée panade en 2002 ! »
Lors du vote sur les motions, le 6 novembre, son choix s’est porté sur Ségolène Royal dont le texte - fruit du rapprochement avec la contribution, « la ligne claire », portée par le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini et le maire de Lyon Gérard Collomb - a obtenu 73% dans ce département. Frédéric apprécie chez Ségolène Royal « son côté naturel, décomplexé. Elle a développé des thèmes pendant la campagne présidentielle qui vont revenir dans le débat, comme la démocratie participative ». Mais il salue dans un même élan, « la compétence », le côté « carré et pédagogue » de Martine Aubry. L’essentiel pour Frédéric est « que le PS sorte de cette période d’affrontement interne pour faire une vraie opposition au sarkozysme qui remet en cause l’ensemble des acquis sociaux ». Il précise : « Le congrès de Reims doit dégager une majorité et cette majorité doit définir une opposition à la fois frontale et constructive. Nous devons commencer à réfléchir à un programme de gauche qui revienne sur les déréglementations, défende les services publics. Dans son projet, le PS doit remettre en avant des valeurs de gauche ». Pour Frédéric, « le Premier secrétaire doit être le candidat de la motion arrivée en tête. Cela doit être un vrai animateur. Si on rate Reims, on aura du mal à s’en remettre ».
Pierre, retraité, milite depuis 30 ans : « Nous devons avoir une ligne de rupture car la crise va entraîner des changements obligatoires. Nous aimerions participer largement aux réformes du système financier et économique. C’est pourquoi le PS doit être plus combatif sur le plan national, européen et sa réflexion doit aussi porter sur l’international ». Quant à l’organisation du parti, Pierre a sa conception, défendue, jusqu’à présent, par la Fédération des Bouches-du-Rhône qui ne veut pas d’une « présidentialisation » du PS : « Le premier ou la première secrétaire doit être indépendant des échéances électorales. La gouvernance doit être revue avec une équipe plus jeune, une nouvelle génération qui évite de s’impliquer dans les futures élections ».
Mickaël, jeune militant, a pris sa carte en 2006 - Mickaël attend du congrès de Reims, « beaucoup de changements ». Il juge son parti « trop centré sur lui même. Il y a des propositions à l’extrême gauche, chez les altermondialistes, les écologistes que le PS peut reprendre. Il faut qu’il soit le moteur de la gauche et qu’il soit donc plus ouvert et force de propositions. Le PS doit être le parti de l’innovation. Or, pour l’instant, les Français ne reconnaissent pas dans le PS un parti qui innove. »
Témoignages
Recueillis par Annie Menras
et Françoise Verna |
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