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08-02-2012, 02:19

« Sans stabilité familiale l’enfant est en danger »

19-11-2008
Dernière mise à jour : ( 19-11-2008 )
 

Dr Guillaume Bronsard, directeur de la Maison de l’adolescence: «La maltraitance volontaire est relativement rare, cela peut être involontaire ou plus ou moins insidieux».Photo : Migué Mariotti
Dr Guillaume Bronsard, directeur de la Maison de l’adolescence: «La maltraitance volontaire est relativement rare, cela peut être involontaire ou plus ou moins insidieux».Photo : Migué Mariotti
Créée en 2004 La Maison de l’adolescence est un équipement du Conseil général des Bouches-du-Rhônequi intervient régulièrement en interface, de l’adulte et de l’adolescent.

Dans le cadre de cette Journée internationale des droits l’enfant, pour sa 19e édition, dont les temps forts se déroulent aujourd’hui à l’Hôtel du département, le Dr Guillaume Bronsard, directeur de la Maison de l’adolescence nous a accordé un entretien.


.- Quel est le retentissement de cette manifestation dans l’action de la Maison de l’adolescent ?
La journée internationale des droits de l’enfant est la journée anniversaire de la signature de la Convention internationale des droits de l’enfant qui date de 1989, en même temps que la création de l’institution des « Défenseurs des enfants ». Ce qui a mis sur pied un dispositif d’Etat qui permet d’orienter les politiques publiques en faveur du développement de l'enfant. A ce titre c’est une manifestation importante.


.- Quel est le cadre de l’intervention de la Maison de l’adolescence ?
Grosso modo nous avons trois sources différentes d’orientation. Des jeunes nous sont envoyés par le milieu socio-éducatif de l’aide sociale à l’enfance ou de la Justice des mineurs. Ce sont en règle générale des enfants en grande difficulté psychologique. Mais nous avons aussi le milieu scolaire, les conseillers d’orientation, les familles ou les adolescents eux même qui peuvent d’eux-mêmes, ce qui est plus rare, venir nous consulter.


.- Quelle est la part de la maltraitance dans cette activité ?
La maltraitance n’est pas une condition nécessaire. La maltraitance volontaire est relativement rare, cela peut être involontaire ou plus ou moins insidieux. Ce dont il ne faut pas perdre de vue, c’est finalement cette mission éternelle des parents qui est de créer les conditions de sérénité et de stabilité requises au développement de l’enfant. Celui spontanément demandera à l’adulte de le rassurer.


.- Divorces, familles monoparentales, est-ce qu’ils figurent toujours parmi les facteurs de risque ?
C’est plus vrai en ce qui concerne les familles monoparentales. Car évidemment, le parent isolé en difficulté aura moins de ressources de passer le relais et de trouver un soutien et la société ne s’est pas encore organisé en conséquence. Pour ce qui est du divorce ça évolué. Il y a trente ans, les manuels de pédopsychiatrie retenaient le divorce comme un facteur de risque pour l’enfant de névrose. Avec la massification des divorces, les fils de divorcés divorcent à leur tour, entre temps, ils ont appris et ne commettent pas forcément les mêmes erreurs. Mais d’une manière générale au-delà des situations stéréotypées, le facteur de risque le plus fort est l’isolement.


.- Assiste-t-on aujourd’hui à une banalisation de la pédopsychiatrie ?
Oui d’une certaine manière. Il y a vingt ans les cas qui nous étaient réservés concernaient la déficience, les psychoses, les cas les plus lourds. Aujourd’hui nous avons accès aussi aux personnes « entre guillemets » normales. Le premier motif de consultation est le conflit familial. Mais de mon point de vue l’erreur consiste aussi à considérer les droits de l’enfant comme des droits en concurrence avec ceux de l’adulte. Or pour protéger les enfants il faut protéger les familles. Si vous opposez les deux, vous détruisez l’enfant. Car celui-ci il puise sa stabilité psychique à travers le filtre de la famille.


.- Que se passe-t-il de particulier à l’adolescence ?
La relation de dépendance est en train de se terminer, il faudra encore une bonne décennie de négociations pour que cela aboutisse. A l’adolescence le jeune veut devenir autonome mais en même temps ça lui fait peur et les parents, aussi, tout en le souhaitant ont peur que l’adolescent n’ait plus besoin d’eux. Ce qui se passe à l’adolescence les parents sont perçus par leurs enfants comme des gens ordinaires et plus des héros. C’est la fin d’une illusion. En face, les adultes se rendent compte que la relève est là et qu’ils vieillissent. C’est la première chose que renvoie l’adolescent.


.- Les adolescents d’aujourd’hui sont-ils plus violents et plus précoces dans cette violence ?
C’est une analyse trop rapide qui s’explique par ce qu’on a peur d’eux. Mais par définition, les adolescents ne pourraient être dociles et souriants. Leur opposition est dans l’ordre des choses. Ils doivent s’opposer et pour s’opposer, il faut qu’il trouve en face d’eux une autorité. Pour autant, à un autre stade entre deux ans et demi et trois ans, durant la phase d’opposition, l’enfant pourra avoir des comportements violents, crier, mordre, frapper, mais à la différence de l’adolescent, sa violence est très facilement maîtrisable. On s’y intéresse plus depuis les années soixante, soixante-dix, mais en d’autres époques et civilisations l’adolescence a eût sa place.

Entretien
réalisé par Antonio Moreira




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