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04-02-2012, 20:17

« Ma retraite a augmenté de 6 euros 47 centimes »

16-10-2008
 

Sur le marché de Figuerolles à Montpellier, les retraités aux maigres pensions réfléchissent à deux fois avant de rajouter une carotte à leurs paniers.(Photo RA)
Sur le marché de Figuerolles à Montpellier, les retraités aux maigres pensions réfléchissent à deux fois avant de rajouter une carotte à leurs paniers.(Photo RA)
A Montpellier comme à Marseille, les retraités expriment volontiers leur mal-vivre. Mais s’ils s’indignent des choix politiques actuels, ils sont parfois plus résignés que prêts à lutter pour leurs droits.
 

n Marché de Figuerolles, place Salengro, 10 heures, mardi matin. Au cœur d’un des quartiers populaires de Montpellier, l’ébullition est à son comble. Comme tous les jours de marché, cette convivialité spontanée transpire à chaque pas. Ici, on se connaît ou on s’aborde. Mais si le lieu ombragé est des plus agréable, on y vient pour d’autres raisons. « C’est le marché des fauchés ! », plaisante cet ex-Montpelliérain retraité qui n’hésite pas à faire 25 km pour venir de Lunel. « En supermarché, ça coûte le double », assure t-il. Goldens à 1,2 euros, tomates à 1,6 euros, poivrons à 1,5 euros. Les prix ne sont pas divisés par deux, mais attractifs, c’est sûr. « C’est moins cher qu’ailleurs et les fruits et légumes sont plus frais parce qu’on va directement chez les producteurs », argumente Habib, maraîcher fidèle au poste depuis quinze ans.


« Des gros paniers, on n’en voit plus. »


    Pourtant comme partout, l’inflation se fait sentir. « Ca bouge tout le temps et ça baisse jamais. Si ne on regarde pas, on se fait avoir », râle cette vieille femme qui cherche sa monnaie. Alors forcément, la clientèle plutôt âgée compte ses pièces pendant que les petits commerçants font la grimace. « Le mec qui te prenait 50 euros, maintenant, il t’en prend pour 20. Des gros paniers, on n’en voit plus », regrette Habib affairé à tapoter sur sa caisse. « On a déjà un gros problème de stationnement. Certains renoncent à venir économiser quelques sous au marché si c’est pour se prendre une prune à 35 euros parce qu’ils sont garés en double file », peste Rachid, un autre commerçant pas étonné de la mobilisation qui se prépare chez les retraités. « Comment tu vis avec 800 euros par mois, une fois que tu as payé ton loyer et ta bouffe ? », demande t-il à ce vieux monsieur qui approche son panier. « Maintenant, les gens te parlent de la fin du mois le 15 », image Habib. De l’autre côté de l’étal, la clientèle acquiesce. « Ca devient grave », glisse cet homme de passage. « Il faut tout calculer chaque jour pour manger. Et côté loisirs, on sélectionne », avoue Robert malgré sa retraite « correcte » d’informaticien. Derrière lui, Michel, ancien enseignant, interroge : « Depuis quand les retraites n’ont pas été augmentées, hein ? Elles ne suivent même pas le cours de l’inflation ».
Solidaires de la colère des retraités, tous le sont. Mais paradoxalement, peu sont prêts se battre pour leur droit à vivre dignement. « Sarko a dit que tout allait bien », ironise Habib qui anime le débat. « Ah oui, lui, c’est sûr, il va bien », rit jaune cette mamie qui s’avoue résignée. « De toute façon, il n’y a pas d’alternative et peu de perspectives. Il va falloir jusqu’au bout tirer sur le porte-monnaie », confirme Bernard, retraité du social. Les choix politiques ne peuvent-ils influer sur la vie quotidienne ? « Bah, le miracle, je n’y crois pas », conclut-il.
    Pourtant, comment le gouvernement peut-il débourser aussi vite 360 millions d’euros pour voler au secours des banques et déclarer que les caisses sont « vides » pour justifier l’encéphalogramme plat des salaires et des pensions ? Là encore, beaucoup ne se font plus d’illusions. « Ces millions, je n’y crois pas. C’est du virtuel tout ça », analyse Françoise. « Et puis, ils le trouvent où tout ce pognon ? », s’indigne l’ex-commerçante. Paule, retraitée du secteur libéral, n’est pas choquée par ce curieux sens des priorités. « Il faut faire repartir la machine d’abord », prône t-elle. Tout le monde ne peut pas se payer ce luxe. A Montpellier pas plus qu’à Marseille.


   

« Ma pension ? Elle n’avait pas été revalorisée depuis deux ans, affirme Geneviève. Mais, ironiste-t-elle, bonne nouvelle. Voilà que l’on m’a généreusement consenti 6 euros et 47 centimes supplémentaires »…

En ce beau dimanche d’automne, cette éducatrice retraitée qui a consacré 37 ans de sa vie à soulager la détresse des gens, arpente, en compagnie de son mari les allées d’un vide-greniers dans un quartier du treizième arrondissement. « C’est là que je m’habille, confie-t-elle. Ma pension s’élève à 1700 euros, soit 700 de moins que mon dernier salaire »…
   

Quant à Jean-François, son mari, il a été pénalisé pour avoir osé prendre une retrait anticipée pour cause de maladie très sérieuse. « Encore sommes nous des privilégiés, consent-il, avant d’admettre que « de réelles vacances, il n’en ont pas pris depuis quatre ans. Quant à changer de voiture, inutile d’y penser… Il y a les traites de la maison à payer et d’importants frais de santé dont je ne peux pas faire l’impasse. » Même s’ils s’autorisent un « petit resto à 10 euros » de temps à autre, Geneviève et Jean François dont la musique est un des péchés mignons ne franchissent plus que de temps à autres les portes des salles de concert… Si Geneviève et Jean-François évitent de se plaindre, c’est qu’ils ont pleinement conscience qu’autour d’eux, il y a des détresses autrement plus profondes…
Nathalie, en quête d’un matelas à un prix abordable pour apaiser ses douleurs dorsales, écume aussi les vide-greniers et les permanences des associations caritatives pour se procurer vêtements, électroménager ou quelques jouets pour ses petits enfants. Cette ancienne employée d’une entreprise d’agroalimentaire, dont la pension ne dépasse pas 800 euros mensuels, se dit effarée «  du nombre de gens qui fréquentent régulièrement les locaux du Secours populaire et catholique. Il y a des retraités, mais aussi des salariés. Je serai, le 16 octobre dans les rues de Marseille pour exiger une revalorisation conséquente de nos pensions. Et j’espère vivement que les salariés seront à nos côtés. Car nos revendications sont les mêmes et témoignent de notre impossibilité commune à faire face à des contraintes quotidiennes de plus en plus pesantes. »
    Occupée à fouiller dans un étalage de disques et de livres déposés à même le sol, Carmen, qui a officié pendant plus de trente ans à la poste, s’insurge. « Lorsque tu n’es plus productif, tu es
bon pour la casse. Pourtant, quand on
a travaillé dur, la retraite, ce pourrait être une nouvelle vie. Le temps enfin venu
de faire tout ce qui nous a été interdit.
Et encore un peu plus à nous, les femmes, qui étions astreintes, de mon temps, à une journée et demi de travail, parce qu’à
la maison, pas question de se reposer… Mais pour qui nous prend-on ? N’avons-nous pas, sous prétexte que nous sommes de simples retraitées, droit aux loisirs,
à la culture ? »

Reportage
Rémy Cougnenc, Gérard Lanux




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