 Photo DR Exubérance financière, besoin d’un peu de moralisation et de beaucoup de liquidités… la vision sarkozienne de la crise économique est d’autant plus optimiste que la note est déjà présentée aux couches les plus fragiles de la population.
Une nouvelle fois, le serpent se mord la queue. A en croire les plus libéraux des économistes, sur lesquels, évidemment, Nicolas Sarkozy fonde lui-même l’action gouvernementale, les mécanismes seraient simples : la crise financière a nourri la crise économique. Il suffirait d’un cocktail de moralisation de la finance et d’un vigoureux coup de starter en réinjectant de l’argent pour relancer la machine électronique.
Et c’est bien autour de ses discours que sont articulés les plans mondiaux de sauvetages. Ah, oui, on allait oublier dans la recette miracle, l’ingrédient incontournable : poursuivre les réformes conservatrices, de la destructuration du contrat social, à l’allongement de la l’âge de la retraite…
N’empêche, les marchés boursiers ont quand même replongé hier.
La faute, cette fois, aux « mauvaises nouvelles sur les entreprises » -dus à la crise économique qui est le résultat de la crise financière - et au « moral des consommateurs », qui n’est que la conséquence de tout ce qui précède.. New York a plongé de 3,02%, la Bourse de Londres a clôturé en baisse de 1,52%, Francfort a perdu 2,96%, Paris 3,07%, Milan 2,33% et Madrid 2,97%.
Et désormais, les effets sociaux se font sentir
Les marchés ont encaissé une nouvelle série de mauvaises nouvelles, notamment l'annonce d'une chute de 1,6% de la production industrielle en septembre par rapport à août dans la zone euro. Sur un an, la baisse de 2,4% est la plus forte depuis plus de six ans et demi.
Lundi dernier l’INSEE annonçait une baisse de la production de 0,5% pour un seul mois.
Et toutes les mesures de dérivations inventées pour faire baisser les statistiques du chômage s’avèrent de nouveau totalement inopérantes. Depuis longtemps par exemple, le BTP se plaint de manquer de main d’œuvre. Mais au 1er semestre 2008, le ratio de tension entre les offres d’emplois et les demandes a dégonflé de 6,3%. C’est une étude des ministères de l’Emploi et du Travail qui le révélait hier. Selon cette étude, les offres sont en fortes diminutions et les demandes en augmentation.
. Les premières indications dans ce secteur notent une contraction de plus d’un quart de l’activité. Mais d’autres secteurs ont déjà -comme ils disent pudiquement- réduits la voilure. : la distribution et en particulier l’habillement, le secteur automobile, la métallurgie…
D’ailleurs, l’Agence Centrale des organismes de sécurité sociale note une « décélération du rythme de progression des intentions d’embauches » (6% de moins entre le deuxième et le troisième trimestre). Le nombre de demandeurs d’emplois indemnisés s’est accru en septembre dernier, la proposition de travail intérimaire est en recul de 5% en un an tandis que le nombre d’allocataires du RMI (1,14 millions) s’est stabilisé au 2e trimestre après dix-huit mois de recul constant.
Ceci dit, il arrive que la crise ait « bon dos ». « Comme chez Mollex », pointait récemment le leader de la CFDT, François Chéreque, qui accuse l’actionnaire américain de connecteurs automobiles de prétexter « une crise qui ne le touche pas » pour délocaliser son entreprise de Haute Garonne vers la Slovaquie.
Mais après ce descriptif, fourni de chiffres officiels et vérifiés, comment accorder un crédit (jeu de mot) à la thèse de la simple exubérance financière défendue par les économistes libéraux ?
Pour Jean-Christophe Le Digou, Secrétaire national de la CGT, la crise est structurelle. « Elle a trois racines profondes : une nouvelle phase de mondialisation qui a permis la mise en concurrence des travailleurs à une échelle sans précédent ; une augmentation de la rentabilité du capital qui a accru la pression sur les salariés, développé la précarité et réduit l’investissement de la sphère productive ; l’existence d’un volume impressionnant de liquidités qui a conduit à une inflation des actifs financiers et immobiliers »*.
Vu sous cet angle, on peut douter qu’un « petit coup de moralisation » et une grosse louche de liquidité peuvent suffire à faire repartir la machine économique.
D’autant qu’on l’a bien compris, c’est sur le dos de l’emploi des plus faibles et de la solidarité nationale que le système continue d’affermir ses marges..
* Tribune libre co-écrite avec Nasser Mansouri-Guilani dans « l’Humanité » du 8 novembre
Décryptage
Michel allione |
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