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Accueil arrow Le fait du jour arrow « Je ne veux pas mourir dans un avion » 08-02-2012, 01:58

« Je ne veux pas mourir dans un avion »

12-11-2008
 

Un vol intercontinental est pénible pour les passagers. Il l’est plus encore pour les hôtesses et stewards dont la majorité estime qu’ils ne pourraient faire ce métier dans des conditions de sécurité correcte jusqu’à 65 ans. (Photo Stéphane Clad)
Un vol intercontinental est pénible pour les passagers. Il l’est plus encore pour les hôtesses et stewards dont la majorité estime qu’ils ne pourraient faire ce métier dans des conditions de sécurité correcte jusqu’à 65 ans. (Photo Stéphane Clad)
Marc est steward, un métier très pénible notamment en raison des décalages horaires, mais le faire jusqu’à 65 ans il s’y refuse surtout parce qu’il faut dans un avion, être à 100% de ses capacités, pour des raisons de sécurité.

Ca fait vingt ans que Marc est steward dans une grande compagnie aérienne. Et son métier, il l’aime. C’est bien simple : « si on n’aime pas ce boulot, on ne peut pas le faire ». Ce qui n’empêche pas qu’il soit, comme pas mal de ses collègues, très en colère depuis qu’un décret les obligeant à la retraite à 55 ans a été cassé. « Jusqu’à maintenant, à 55 ans, on partait avec une prime défiscalisée, une pension de la caisse de retraite des personnels navigants et à 60 ans, on avait la retraite normale ». Ce qui a fait grincer les rouages, en dehors de l’air du temps qui est évidemment à une retraite toujours plus tardive, c’est que 7 à 8% des hôtesses et stewards ont demandé à travailler plus longtemps. « Ce sont surtout des gens qui ont refait leur vie tard, qui ont des enfants jeunes, des crédits », explique Marc qui comprend très bien qu’avec une retraite de 2 000 euros quand on en touche en activité 3000 à 3 800, ça fasse un coup de ciseau brutal.
Pour le moment évidemment, pas question d’obliger tous les stewards à travailler jusqu’à 65 ans. « Mais l’expérience nous dit qu’en général avec de semblables ouvertures, il peut se passer beaucoup de choses. Qui nous dit qu’un jour on ne nous y obligera pas ? »
Et ça Marc ne veut pas l’envisager, « parce que, argumente-t-il, notre travail est très pénible ». Il s’en explique par le travail lui-même : les longues heures de vol passées debout avec toujours plus de passagers. « Sur un avion à 400 passagers, on est 15 en classe éco. » Un vol intercontinental en soi est pénible, les passagers le savent bien, il l’est plus encore pour les navigants. « Je ne veux pas faire les pleureuses, mais c’est réellement pénible », confie Marc. Ca a d’ailleurs été prouvé par des études médicales.
Il y a plus pénible encore, ce sont les décalages horaires. Un exemple avec un vol vers Los Angeles. « Vous décollez de Roissy à midi. Comptez que vous êtes partis de chez vous à 7h du matin car il faut aller jusqu’à Roissy, s’occuper des formalités du vol… Vous arrivez à L.A. à 22h , heure locale. Mais pour vous, il n’est que 13 heures, car le décalage est de 9h. Il vous faudra quand même attendre le soir pour dormir. Sinon vous êtes complètement décalés. Quand vous vous mettrez au lit, pour vous, il sera 4 ou 5 heures du matin. Et vous serez partis l’avant-veille. » Dans ce sens de rotation de la terre, ce n’est pourtant pas le plus difficile.
Les vols sur Tokio, c’est encore autre chose. « Vous partez de France à 23h, vous passez une nuit en l’air. Vous arrivez au Japon à 18h, heure locale. Entre l’atterrissage et votre arrivée à l’hôtel comptez trois heures. (débarquement, formalités de police, bagages, navette…) Et votre horloge biologique à vous, elle a sept heures de moins. Quand il est 21h à Tokio, il n’est que 14h pour vous. Alors certes vous allez vous endormir sur la fatigue mais au bout de deux heures, vous allez vous réveiller et ça va durer toute la nuit. » Du coup, il n’est pas rare que les hôtesses et stewards ne dorment pas pendant 24 heures d’affilée. « Et plus je vieillis, plus c’est dur, » confie Marc. D’autant que sur les 75 heures de vol qu’il effectue chaque mois, la moitié est effectuée de nuit. « Et le sommeil n’est pas aussi réparateur la journée ».
Evidemment il y a aussi le travail des week-end, ces plannings qui arrivent et qu’il faut détailler à la famille : « je ne serai pas là à Noël ou le jour de la fête des mères…. » Il y a encore ces 14 à 15 jours par mois où l’on est en dehors de la maison. « Mais ça c’est le boulot, quand on choisit son boulot on le sait ».
Travailler jusqu’à 65 ans, c’est autre chose. Pour la sécurité d’abord. « Rappelez-vous cet avion qu’il a fallu évacuer sur l’aéroport de Toronto. 300 personnes à faire sortir par les toboggans en une minute quinze. Et zéro morts. Si les stewards et hôtesses n’avaient pas eu entre 25 et 50 ans et toutes leurs facultés physique, comment auraient-ils assuré l’évacuation. »
Et puis, là encore les statistiques parlent : « nous avons une espérance de vie inférieure de 7 à 8 ans à la moyenne des salariés ». « Bref, dit-il crûment : « je ne veux pas mourir dans un avion »
Ses collègues non plus. Pour le moment l’heure est à la négociation avec les syndicats. Mais si rien n’en sortait, une grève pourrait être décidée pour le début décembre. « Notre avenir en dépend, elle pourrait être massive. L’an dernier, fin novembre , pour des questions de conditions de travail, on a fait grève à 97% pendant cinq jours. L’entreprise n’y croyait pas. » Marc lui y croit. « Déjà qu’on nous demande d’être toujours plus performants… l’être à 65 ans, je ne l’imagine pas ».

Témoignage
Annie Menras




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