 Avec la plus grande surface commerciale d’Europe que constitue Plan de Campagne, dans les Bouches-du-Rhône, et l’éternel débat sur les dérogations du dimanche qui s’y rattache, pas étonnant qu’un député UMP de ce département, Richard Mallié, soit à la pointe du combat en matière de déréglementation du repos dominical. Son projet de loi pourrait être à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale prochainement. Archives Migué Mariotti Si elle suscite des avis contradictoires, la question du travail dominical reste cependant perçue comme profondément inhumaine et source de dégradation des liens sociaux.
Il faut se rendre à l’évidence : la question du travail dominical ne suscite plus la même levée de boucliers qu’il y a une dizaine d’années. Et les avis à ce sujet sont contradictoires. « Faut pas se voiler la face, le travail le dimanche, ça a toujours existé. Sous diverses formes, légales ou illégales. Alors quand on me dit que c’est un tabou, permettez-moi d’en rire ».
Jean n’en démord pas. Pour lui, ce n’est rien de plus qu’une « affaire personnelle ». Manutentionnaire dans une grande surface qui baisse le rideau du samedi soir jusqu’au lundi, il dit que l’on pourrait imaginer « une forme de roulement » qui permette à chacun d’avoir « le choix de son jour de congé hebdomadaire ».
Un jour comme un autre ?
Même son de cloche pour Fanny qui ne verrait pas d’un mauvais œil d’avoir sa journée de liberté en milieu de
semaine, bien que son emploi au Conseil Régional ne semble pas de nature
à exaucer son souhait. « Moi je déteste
le dimanche, car j’aime la ville vivante. Je conçois très bien que des gens y soient opposés mais pas que l’on en fasse une affaire nationale. Regardez l’exemple de Plan de Campagne. Beaucoup d’employés ont fait savoir qu’ils étaient favorables à l’ouverture de leur grande surface sept jours sur sept ». Pour elle, ce n’est pas une question d’argent, le dimanche devant seulement être considéré comme un jour comme un autre…
Annie, préparatrice dans une pharmacie du centre ville s’étonne même que l’on en fasse un débat national. « Bien sûr, dans mon métier, dit-elle, nous devons assurer des dimanches de service et nous considérons cela comme tout à fait normal. Je ne serai même pas opposée à ce que toutes les pharmacies ouvrent leurs portes tous les dimanches , tant il est vrai que dans une grande ville comme Marseille, le nombre de pharmacies de service est nettement insuffisant. Que peut faire une personne âgée qui a des difficultés à se déplacer si l’officine la plus proche à des kilomètres de son domicile. Et ce qui est vrai pour les pharmacies l’est aussi pour bien d’autres activités de services ».
Bas salaires, le vrai débat
« Les gens qui vous ont répondu ainsi ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur nez », s’insurgent d’une même voix Michel et Stéphane, tous deux ouvriers du bâtiment. C’est vrai que le travail du dimanche a toujours existé. Et qu’il y a même des gens qui ont un emploi durant toute la semaine et ont tellement de mal à joindre les deux bouts qu’ils sont contraints à effectuer d’autres travaux durant leur unique jour de repos. Parfois mieux payés, c’est exact, mais le plus souvent dans l’illégalité la plus totale. Qu’advient-il de celle ou de celui qui ont un accident de travail dans de telles conditions de « clandestinité » ? Alors au lieu de prétendre, comme le font les partisans de l’activité dominicale qu’elle est source de création d’emplois, ce que toutes les études menées à ce jour démentent totalement, on ferait mieux de s’interroger sur les bas salaires, les conditions de travail parfois inhumaines dans un environnement pollué qui réduisent comme peau de chagrin l’espérance d’une retraite paisible et source d’épanouissement. Faut-il vraiment que nous trimions comme des forçats pour gagner notre pain quotidien » ?
Un avis que Joëlle, attachée de communication partage amplement. « Je suis une femme, dit-elle et une mère. J’ai la chance de pouvoir préserver ces moments délicieux que sont les retrouvailles en famille. Si ma fille travaillait le dimanche, ajoute-t-elle, quand pourrais-je la voir, lui parler ? »
Beaucoup, comme Joëlle, soulignent l’inhumanité d’une telle mesure, si elle était généralisée. Insistant tout particulièrement sur la dégradation des liens sociaux qu’elle entraînerait.
« De l’esclavage qui ne dit pas son nom »
« Quand pourra-t-on se retrouver entre amis si nos emplois du temps ne concordent plus ? Les gens n’ont plus que les mots travail et argent à la bouche. Que fait-on du droit à la culture, aux loisirs, à la paresse, aurait-on dit en d’autres temps. Les politiques pensent qu’il peuvent nous faire tout avaler et que nous sommes entrés dans une ère de soumission. Les luttes sociales sont peut être dans le creux de la vague mais qu’ils se méfient des retours de bâton », ironise Thomas, étudiant en lettres modernes. Et si le travail du dimanche est institutionnalisé, poursuit-il, les gens seront payés comme un jour ordinaire, qu’ils ne se fassent pas d’illusion ».
« En fait, surenchérit Joëlle, cette histoire du travail du dimanche, c’est de l’esclavage qui ne dit pas son nom…La carotte pour faire avancer l’âne… ».
Reportage
Gérard Lanux |
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Ecrit par: yves le 28-10-2008 15:05
je travaille à la poste et je viens d'apprendre que celle-ci pourra pour des impératifs de service modifier les horaires et les dates de congé à sa guise. Elle pourra aussi imposer des heures supplémentaires comme bon lui semble. Si cela n'est pas une forme d'esclavage moderne, je ne comprends plus rien au monde du travail.
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