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Accueil arrow Marseille arrow Justice/Faits divers arrow Un malade mental à moitié innocenté 04-02-2012, 20:08

Un malade mental à moitié innocenté

19-11-2008
 

 Assises. L’acquitté du meurtre de la bijoutière de la rue Paradis pourrait n’être jamais rejugé. Un Ovni judiciaire.

Il a été acquitté mais il se pourrait bien qu’il ne soit jamais rejugé. Qu’est-il juridiquement ? Plus coupable mais pas définitivement innocent ? Innocenté à moitié ou aux trois quarts ? Libre en tout cas. Sept ans après le meurtre de Janie Cassely, la bijoutière de la rue Paradis, la procédure tourne à l’imbroglio judiciaire.
    L’ « Ovni pénal » est un malade mental âgé de 20 ans au moment des faits. Sébastien Péduzzi a pourtant été jugé et acquitté en octobre 2005 par la cour d’assises d’Aix-en-Provence. Non pas d’ailleurs pour son éventuelle irresponsabilité pénale mais bien en l’absence de charges suffisantes et des doutes émis par le principal témoin. Au procès d’Aix, il avait déjà paru surprenant de voir comparaître ce dérangé mental qui se disait en conciliabule avec Satan et en communication télépathique avec la chanteuse Jennifer Lopez.
    L’avocate générale Carole Sayous qui avait requis 20 ans de réclusion a fait appel de l’acquittement mais le procès prévu en 2007, remis en 2008, n’a jamais eu lieu, repoussé d’abord parce que Sébastien, sans domicile fixe, errait de foyer en foyer, introuvable. Puis quand il a reparu, son procès est devenu impossible devant l’aggravation de son état.
    Si ses avocats Me Jérôme Rambaldi et Me Jean-Marc Montanaro n’ont pas lâché l’affaire, c’est pour écarter le spectre d’une erreur judiciaire et repousser la sournoise tentation de la justice de punir un coupable facile et idéal, à défaut d’avoir pu identifier le véritable meurtrier.


L’opale du client « bizarre »


    On imagine le désarroi du mari et des deux enfants de la victime. Le meurtrier de Janie Cassely abattue d’une balle dans la tête le 23 novembre 2001 à 9h30 dans sa boutique Ammonite, 48, rue Paradis, n’a pas laissé d’indice. L’auteur n’a rien emporté sauf un téléphone portable et n’a pas laissé d’empreinte. L’amie de Janie qui avait désigné Sébastien comme ce client « bizarre » venu quelques jours avant interroger la bijoutière sur les propriétés ésotériques d’une opale en vitrine, ne l’a plus reconnu le jour du procès. Quant au copain de Péduzzi, témoin à charge qui avait attendu un an pour aller déclarer aux enquêteurs que Sébastien lui avait confié avoir commis le meurtre, il a disparu de la circulation. Pourtant, même dérangé, l’accusé n’a cessé de nier ce meurtre, affirmant avoir vu un homme sortir de la boutique.
    Depuis 2007, l’affaire traîne d’expertise en expertise, et la seule vérité judiciaire, c’est qu’à présent le dossier n’a plus de meurtrier.
    En septembre 2007, un expert psychiatre a décrit le jeune homme en proie à une « schizophrénie paranoïde » avec « évolution progressive vers un état d’aliénation » et « ne disposant pas d’un discernement suffisant pour participer à un débat devant un magistrat ».
    La présidente de la cour d’assises d’appel des Alpes-Maritimes, Nicole Besset, édifiée par sa rencontre avec Sébastien le 4 décembre 2007 pour l’entretien préalable au procès, a demandé une nouvelle expertise. Le docteur Daniel Gleizer a trouvé un individu au « dérangement mental patent » avec « idées délirantes mégalomaniaques, persécutoires, sexuelles ». « Son état psychique n’est pas compatible avec sa prochaine comparution devant la cour d’assises », concluait-il.


37 mois de détention provisoire à indemniser


    La présidente de la cour a attendu 7 mois pour désigner un nouvel expert afin de dire si la pathologie de l’accusé avait évolué. L’expert se fait attendre. Il avait 3 mois pour déposer son rapport. Il n’a rien fait. La situation est bloquée.
    Las d’attendre, Me Jérôme Rambaldi et Me Jean-Marc Montanaro ont écrit vendredi à la garde des Sceaux pour lui signifier que leur client restait « bénéficiaire d’un arrêt d’acquittement non pas au titre de son éventuelle irresponsabilité pénale mais en raison de l’absence de charges suffisantes pesant contre lui ». Ils rappellent à Rachida Dati qu’en l’absence de décision définitive Sébastien ne peut toujours pas faire valoir son droit à indemnisation des 37 mois passés derrière les barreaux. Le retard pris enlise les derniers espoirs d’identifier un jour l’assassin de la bijoutière.
    Aucune solution n’est en vue. Il ne manquerait plus que la ministre propose un placement en « rétention de sûreté » à l’innocent libre. A la Chancellerie, on n’est plus à une hérésie juridique près…


DAVID COQUILLE




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