Justice. Le commandant en second et l’officier de sécurité nucléaire sont relaxés. Deux marins avaient été asphyxiés au gaz H2S en 2001.
La chambre militaire du tribunal correctionnel de Marseille a relaxé le commandant en second du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, Marc Bramaud de Boucheron et son officier de sécurité nucléaire, le capitaine Bernard Jacquet. Trois autres gradés sont reconnus coupables de « blessures involontaires » sur deux marins asphyxiés au sulfure d’hydrogène le 8 novembre 2001.
Jean-Guy Berriet, l’officier de prévention à bord, est reconnu coupable de n’avoir pas tenu compte d’un message d’alerte de l’État-Major diffusé trois mois avant l’accident et qui mettait en garde contre le risque d’intoxication au H2S après un accident similaire survenu sur la frégate Georges-Leygues. Il est condamné à 1 an de prison avec sursis. Son subordonné, Alain Valenti, chef du secteur « coque » écope de 6 mois de prison avec sursis. Le major Eric Manuaut, responsable direct des deux marins blessés, est condamné à 3 mois de prison avec sursis. Chacun des trois s'est vu infliger 1.5000 euros d’amende.
Des peines de 1 an à 15 mois de prison avec sursis avaient été requises contre la chaîne hiérarchique coupable aux yeux du parquet de « négligences graves fautives » à l’issue des débats du 20 au 23 octobre dernier. En congé le jour de l’accident, le contre-amiral Richard Laborde, n’a été entendu qu’en qualité de témoin assisté dans cette affaire.
« Je vous tiens
pour responsable »
C’est lors d’une vidange sans protection du système d’évacuation des eaux usées que le quartier maître Sébastien Pisani, 23 ans, a reçu un rejet massif de ce gaz qui l’a plongé dans le coma. Son collègue, Franck Froehlinger, s’était évanoui en lui portant secours mais s’est remis rapidement après. « La vie d’un homme ne vaut a priori rien », a déclaré ce dernier au procès, scandalisé d’avoir constaté en décembre 2004 à bord d’un autre navire que les interventions se faisaient toujours sans protection respiratoire.
La pose d’une simple vanne de 2 kilos et d’une valeur de 20 euros aurait permis d’éviter le drame. La direction des programmes avait pourtant refusé toute modification supplémentaire pour ne pas retarder davantage le lancement du porte-avions ni l’alourdir. Rappelons que le joyau de la Marine nationale pèse 40.000 tonnes et a coûté la bagatelle de 3 milliards d’euros. « Sébastien ne me voit plus, ne m’entend plus, et vous n’avez de cesse de vous disculper sans un mot pour lui. Je vous tiens pour responsable de ce qui est arrivé à Sébastien », avait lancé sa mère aux cinq prévenus.
David Coquille
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