Justice. Pour sa retraite, il vire 220.000 euros sur le compte de sa fille.
Pas un mot de remord. Dans la bouche de Gérard Dupré, 66 ans, conseiller en patrimoine financier désormais à la retraite, il n’y a rien d’anormal ni de choquant à ce qu’une cliente le gratifie généreusement de plus de 220.000 euros. La déontologie, même à la retraite, c’était toujours pas sa tasse de thé.
Jugé hier pour « abus de confiance sur personne particulièrement vulnérable », il maintient que Fernande Barthélémy, décédée en 2003 à 83 ans, l’avait tout simplement « à la bonne ». « A n’importe quel prétexte, elle me donnait de l’argent. Comme je partais à la retraite à la fin de l’année, elle était encore plus généreuse », affirme plein d’aplomb l’ancien banquier que 3 mois de détention provisoire n’ont pas fait réfléchir. En théorie, il encourt 7 ans de prison ferme, mais ne paraît guère inquiet dans ce dossier soldé en « audience de déstockage ». Sa fille qu’il a largement utilisée pour héberger les fonds détournés sur son compte dit n’y avoir pas vu le mal. « C’est étrange pour une comptable. Vous n’êtes pas fâchée avec les chiffres ? », lui envoie le président Ghigo.
« C’était facile »
C’est au décès de Fernande, le 23 septembre 2003, frappée par la maladie d’Alzheimer, que les détournements sont mis à jour. Gérard Dupré avait en charge la gestion du patrimoine financier des clients âgés les plus fortunés de l’agence Cantini à la BNP. Il se rendait souvent au domicile de cette veuve fortunée pourtant réputée radine et à qui il faisait signer à l’aveugle quantité de papiers. Les héritiers vont ainsi découvrir que les 4 contrats d’assurance vie dont ils étaient bénéficiaires pour un montant de 159.500 euros ont été transformés en 2 contrats au bénéfice de sa fille, qui endossait les chèques miraculeux. 34.000 euros de « dons » supplémentaires vont encore tomber du ciel sur son compte ouvert pour les besoins de la cause. « Il m’a dit que c’est une très bonne cliente qui n’a pas d’héritier. Je faisais confiance à mon père », assure l’ingénue. Me Di Marino, l’avocat des neveux belges dépossédés frauduleusement de l’héritage, ironise aussitôt sur le peu d’empressement de la fille à restituer un butin qu’il évalue, lui, à 220.000 euros là où les poursuites sont figées à 184.046 euros. Tout juste a-t-elle consigné 150.000 euros à l’agent du Trésor.
Les héritiers vont découvrir d’autres vilenies : cette seconde carte bancaire créée à l’insu de Fernande qui confondait déjà sa carte Damart et débitée de 4000 euros. Ce chèque volé émis pour 1090 euros encore au profit de la fille. Il osait même facturer 300 francs ses déplacements chez l’octogénaire et transformait la devise en euros ! « C’était facile », admet aujourd’hui le prévenu qui ne connaît pas la crise avec une retraite confortable de 3.500 euros. « Il était de belle apparence et ma tante l’écoutait comme l’Evangile » dira un neveu. Une expertise médicale a souligné la faiblesse de la victime : « son autonomie de jugement doit être considérée comme vulnérable en raison du développement de sa maladie d’Alzheimer. »
Pour la banque constituée partie civile en octobre 2005, il y avait bien des « éléments troublants » mais la « signature était conforme et les opérations au guichet formellement régulières. » De réclamer solidairement 5.000 euros de dommages intérêts pour le « comportement inadmissible » de l’ex préposé véreux et de sa fille.
« Aucun mea culpa, aucune remise en question, c’est absolument honteux », s’indigne le parquet qui sans sévérité requiert 18 mois de prison dont un an avec sursis contre l’ancien banquier. 18 mois de prison avec sursis sont demandés contre sa fille pour recel. En délibéré.
DAVID COQUILLE
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