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Accueil arrow Marseille arrow Justice/Faits divers arrow Du cannabis pour les entrechats 08-02-2012, 01:54

Du cannabis pour les entrechats

07-11-2008
 

 Justice. Le danseur cultivait son herbe qu’il revendait à tout le ballet.

Avec le trac d’une première, le danseur glisse en demi-pointes à la barre. Jean-Philippe, 29 ans, est dans ses petites ballerines, visiblement impressionné d’être ainsi poussé sous les feux de la rampe judiciaire. Comme un vulgaire dealer de rue, il lui est reproché une production domestique d’herbes et surtout sa revente à presque tout le ballet. Le regard aux abois, le garçon tient un baluchon comme s’il pressentait un mandat de dépôt à l’issue de l’audience.

Pied souple, main verte


    Le 18 juin dernier, sur commission rogatoire d’un juge d’instruction rendu curieux par des écoutes téléphoniques suspectes, les gendarmes déboulent dans un appartement de Cassis. Ils découvrent un singulier potager avec vue sur cap Canaille. Ou plutôt une serre en terrasse avec 9 plants de cannabis douchés d’éclairages à 450 watts, 10 boutures et un système d’arrosage automatique avec ventilateurs et programmateurs. Cachés derrière la chasse d’eau, 200 grammes d’herbe déjà conditionnés dans des pochons, 100 grammes de feuilles séchées, 30 autres grammes dans un pot en terre.
    « Hé bien, vous avez la main verte ! », ironise la présidente Jacqueline Faglin, un brin moqueuse devant ce prévenu peu ordinaire : « C’est sûr que le cannabis, ça doit aider à faire des entrechats…  » Gros fumeur, Jean-Philippe alimentait depuis un an et demi « les danseurs et les branleurs de Cassis » (sic). « C’était de la bonne qualité. 10 à 20 grammes d’herbes pour 1000 euros. Cela évitait de prendre des risques pour de la merde dans les cités », a avoué un danseur cité parmi une dizaine de noms. Sa compagne qui l’a quittée n’appréciait guère. Mais pour Jean-Philippe çà beurrait bien les épinards. « J’ai fait trois récoltes pour 3.500 euros. Oui, c’était lucratif, çà m’arrangeait », avoue sans pirouette le prévenu loin de vivre sur un grand pied avec 1300 euros de revenus par mois.

« On n’est pas chez Rossini
mais devant le tribunal »


    Plus fan d’aérobic que de Pina Bausch, la substitute lui suggère de « jardiner les roses ». « Il était devenu un producteur important du ballet qui l’emploie », déplore-t-elle avec une gravité retrouvée. Mais d’un joli dégagé de manche, elle écarte le spectre des Baumettes en requérant 10 à 12 mois d’emprisonnement totalement assorti du sursis. « On n’est pas chez Rossini mais devant le tribunal. C’est un superbe danseur qui joue le rôle de Vincent dans Mireille », salue sans ronds de jambe Me Michel Pezet. D’expliquer combien la chorégraphie sans tutu est un métier terrible, une douleur pour les corps masculins éprouvés, mis à la retraite à 35 ans, là où les femmes tirent leur révérence à 40.
    La 7ème chambre correctionnelle fait peu dans la danse et rarement dans la clémence. Et c’est sans piquet de jambe ni fouetté sauté qu’elle a prononcé une peine de 8 mois de prison avec sursis. Et confiscation des herbes de l’élégant bipède qui semait beaucoup.


DAVID COQUILLE




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