 Hier matin, à la énième question : que faut-il craindre de la crise financière qui enfle ? Christine Lagarde a répondu : « Ecoutez, je me réjouis de voir cette jeune entreprise (Urbasolar) révolutionner un pan entier de la construction ». DAVID MAUGENDRE Economie. En visite hier à Montpellier pour installer une cellule de suivi et soutenir une PME locale, la ministre n’a pipé mot de l’effondrement des cours de la bourse et de la panique qui guette.
Une carpe bâillonnée n’aurait pas été plus loquace. A en suivre - jusqu’au bout, sait-on jamais - son déplacement hier matin à Montpellier, c’est à croire que Christine Lagarde ne connaît pas la crise. Plaisanterie à part, c’est à se demander si la ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, est au courant de la gravité des remous qui secouent désormais bien au-delà des places financières prises à leur propre jeu spéculatif.
Débarquée tôt hier matin à la préfecture de l’Hérault pour y installer une cellule de suivi du financement de l’économie (dans la lignée de son plan d’aide de 22 milliards aux PME dévoilé la semaine dernière), Christine Lagarde s’est contentée du service minimum. « Il s’agit de promouvoir notre plan de soutien aux PME afin de mobiliser les réseaux de banques. Je ne veux pas que les très petites, petites et moyennes entreprises fassent les frais de la crise », a t-elle déclaré pour justifier sa venue. Avant de se féliciter de la signature du premier prêt octroyé en Languedoc-Roussillon (le deuxième en France, après Lyon) à l’entreprise locale Medimat, spécialisée dans le matériel de forage. Un effort de 500 000 euros inclus dans les 10,5 milliards que le gouvernement a annoncé hier injecter dans les banques françaises qui devront augmenter de 3 à 4% leurs accords de prêts. « Cela vous donne un peu de confort pour votre trésorerie d’un côté et cela vient compenser vos besoins en fonds de roulement de l’autre. Cette mobilisation générale des banques, d’Oséo*, des entreprises et pouvoirs publics constitue les ingrédients d’une réussite économique et sociale à laquelle nous sommes attachés ».
« La crise ? Pas là pour ça »
Et Christine Lagarde de se lever sous le regard incrédule des journalistes. « Ah, vous voulez me poser des questions ? » Ben, c’est que les bourses de Paris et Londres ont ouvert à moins cinq points, celle de Honk Hong à moins douze, ce matin… « Oh, écoutez, on n’est pas là pour parler de ça », tranche t-elle laissant coi son auditoire. Après insistance, tout juste répond-elle que la crise se joue sur trois niveaux. Celui des PME en région pour lesquelles « il faut favoriser la reprise de l’activité ». Celui du système financier lui-même dont le mécanisme était « gelé » mais qui « commence à se désengorger par la baisse des taux bancaires ». Et enfin, celui des taux boursiers où là, « il y a un moment où on va retrouver un équilibre ». Une bonne vieille langue de bois ponctuée d’un : « l’argent que nous amenons tombe à point nommé ».
Une demi-heure après s’être éclipsée vers l’entreprise de photovoltaïque Urbasolar, au Millénaire, la ministre lâche même un ultime scoop. Ni plus ni moins que le numéro vert mis en place par le gouvernement pour secourir les PME malades ! Il y a un mois et demi à peine, il n’y avait, paraît-il, pas de crise. Quinze jours après, les banques françaises étaient à l’abri car le système était fiable. La semaine passée, l’immobilier et l’emploi pouvaient dormir sur leurs deux oreilles. Hier, il n’était pas temps de parler des choses qui fâchent. Nous voilà rassurés.
REMY COUGNENC
* La Banque publique des PME qui garantit 60% des prêts octroyés à la firme Medimat.
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