 Chaque jour offre son lot de découvertes aux archéologues. Ici, un bol en cuivre fait son apparition. (Photo: D.R.) Histoire. Le Groupe de recherche en archéologie navale repart sur l’île de Tromelin pour en savoir plus sur l’extraordinaire épopée des esclaves oubliés de l’Utile.
Le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), dont le nîmois Sébastien Berthaut Clarac est en charge de la communication, est reparti sur l’île de Tromelin – située à 470 kilomètres à l’Est de Madagascar et à 560 kilomètres au Nord de la Réunion – à la recherche de l’histoire des Esclaves oubliés de l’Utile.
C’est d’une histoire singulière que part cette mission archéologique, dont nous avions déjà parlé en 2006, à l’occasion du premier voyage sur place. L’histoire donc, est celle du naufrage d’une flûte de la Compagnie française des Indes Orientales, nommée l’Utile, laquelle s’est échoué en 1761 sur un petit banc de sable de 1 km2. A son bord, l’équipage français et une soixantaine d’esclaves malgaches " achetés " en fraude. Après le naufrage, l’équipage décide de tenter de rejoindre Madagascar, sur une embarcation de fortune. Pas assez de place pour tous ? Probablement. Les Français laissent alors les esclaves malgaches sur l’île, avec trois mois de vivres, leur promettant d' envoyer des secours dès leur arrivée. Ce qui suivit était prévisible… personne ne vint. D’oubliés, ils devinrent abandonnés, seuls, sans ressources ni possibilités de quitter l’île.
Presqu'une île
L’île ? Un bien grand mot pour un petit bout de terre désert, dont le point le plus haut culmine à cinq mètres d’altitude. Un îlot bercé par les vents, les ouragans et les caprices de l’océan indien. Un lopin de terre hostile, où la vie y est a priori impossible. A priori car, quinze ans plus tard , le 29 novembre 1776 très exactement, la corvette La Dauphine, commandée par un certain Tromelin – lequel donnera son nom à l’île – sauve huit esclaves survivants, sept femmes et un bébé de huit mois. L’îlot est resté vierge jusqu’en 1954, date à laquelle une station météorologique y a été installée. Ce sont d’ailleurs des météorologues qui ont découvert, lors de leurs séjours, les restes de l’épave de l’Utile.
Découverte qui allait éveiller la curiosité de passionnés, d’archéologues qui dès lors, voulaient faire la lumière sur ces mystères. Que s’est-il passé pendant ces quinze années ? Comment ces personnes ont-elles pu survivre en un tel lieu ? Comment la vie s’est-elle organisée ? Autant de questions et bien d’autres auxquelles le GRAN a décidé de répondre.
François DAURY
L’expédition de 2006 avait offert son lot de découvertes.
La nouvelle mission s’annonce encore plus riche.
Avant la première mission de 2006, et l’actuelle (depuis le 27 octobre et jusqu’au 1er décembre) – et pendant aussi d’ailleurs – le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) a effectué de nombreuses recherches documentaires.
Ces dernières ont permis de mieux appréhender les conditions de survie des esclaves malgaches sur l’île de Tromelin. Mais pour vraiment embrasser l’histoire dans son entier, un certain nombre d’interrogations doivent être levées. C’est tout l’objet de cette seconde mission. En 2006, l’expédition avait permis de mettre au jour les vestiges de l’Utile, permettant de mieux comprendre les conditions du naufrage. Sur terre, la zone d’habitation des esclaves et une série de récipients en cuivre avaient été découverts. Mais ce que recherchaient vraiment les archéologues, à savoir des sépultures et ossements humains, n’avaient pas été trouvés. Qu’à cela ne tienne, l’équipe en avait déjà appris beaucoup sur cette histoire extraordinaire. Ainsi, l’état des récipients prouvaient l’acharnement à maintenir et réparer le peu de biens rescapés du naufrage. Confirmation était également faite de la conservation du feu sur toute la période de vie de esclaves, à savoir quinze ans – ce qui relève presque du miracle au regard des conditions météorologiques auxquelles est confrontée l’île.
Forts de ces découvertes, mais frustrés de ne pouvoir avoir été jusqu’au bout, l’équipe de chercheurs a monté cette nouvelle mission et au regard des premiers résultats, il semblerait que leurs efforts et leur pugnacité n’aient pas étaient vains.
A peines arrivés sur l’île, le second jour de recherche, les premiers ossements humains ont été trouvés. On imagine la joie et l’enthousiasme des archéologues. " C’est très rare, confie Sébastien Berthaut Clarac. En général, les principales découvertes sont faites en fin de mission. En 2006, nous sommes passés tout près de cette découverte. Elle va nous permettre aujourd’hui de mieux comprendre comment la vie s’est organisée sur l’île. D’autant que nous sommes désormais confiants et comptons bien retrouver d’autres éléments, d’autres maillons manquants ".
Des ossements humains… mais toujours pas de tombe (pour l’instant). Néanmoins, la récolte est plutôt abondante cette saison. Depuis le début de cette 2ème mission, divers récipients, hameçons, objets divers et os d’oiseaux ont été sortis de terre, ou plutôt de sable. Un petit bâtiment a même fait son apparition, lequel servait probablement à garder les ustensiles de cuisine et autres objets précieux. Et plus que des os, c’est tout un squelette qui a été dégagé. Bref, l’intérêt de cette mission n’a guère besoin d’être débattu, les découvertes suffisent à l’illustrer.
De nombreuses questions restent cependant en suspens. Parmi elles, celle de savoir si les esclaves ont conservé tout ou partie de leurs rites et coutumes. Ont-ils exterminé une ou plusieurs espèce(s) d’oiseaux ? La quantité d’os trouvés et les témoignages des rescapés français ayant transité par Tromelin (selon lesquels les naufragés auraient mangé jusqu’à 3 000 œufs par jour !) laissent à le croire.
Autant de choses qu’il reste à révéler, mais la mission n’en n’est qu’à ses débuts…
F.DA
Plus d’informations et journal de la mission en ligne sur : www.archeonavale.org/Tromelin |
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