 Un ragg Jungle implacablement efficace d'ASIAN DUB.photo MLT Hip hop / Ragga jungle / World. Quelques ratés, des confirmations et de belles surprises, soit un deuxième week-end bien rempli, du côté du Dock des Suds. Et ce soir, Bashung arrive…
Qui dit Fiesta dit concert, c’est entendu. Mais il y avait aussi de la danse. Et vendredi, avant que Beat Assaillant ne fasse son entrée sur la passerelle, les danseurs ont eu leur temps fort avec la soirée Do It, qui a débuté aux alentours de 19h30. Les Electric Boogaloos ont tout simplement livré un show d’exception, aussi bien dans la performance que dans la présence scénique. Classes, sobres, ça n’était pas les 4 fantastiques, mais bien les 5 Electric, tant leurs mouvements, à la fois brusques et coulants, sur des beats funk et jazzy, leur donnaient l’étoffe de super héros. Même les spectateurs les plus sceptiques ont été happés par le popping, cette danse urbaine qui, contrairement au breakdance, se pratique debout. Une question d’équilibre… qui a pourtant fait vaciller le Dock.
Même mention pour le Hip Hop Museum, spectacle monté par Fawzi Djaouel et David Colas. Un dancing revival de la culture urbaine, des souffrances de l’esclavage véhiculé par le jazz jusqu’aux endiablées block parties new-yorkaises… Une performance inédite, qui restera l’un des moments forts de cette Fiesta. Et comme un danseur en appelle un autre, des jeunes collectifs de la région Paca ont eu l’occasion d’effectuer une petite démo de breakdance, sous les encouragements des camarades et des familles venus en nombre. Plaisir et partage… hip hop, quoi !
Beat Assaillant, problème d’allumage
En revanche, ça s’est moins bien passé pour Beat Assaillant. Son hip hop enrichi au funk ne pouvait tolérer un mauvais démarrage : le groove, c’est pas du diesel, au premier contact, le public doit enclencher. Et là, la panne. Pas assez de son, pas assez de mordant, le public de la passerelle, pourtant volontaire, avait du mal à s’abandonner. A la décharge du groupe, une précision s’impose ; il n’avait pas eu le temps de faire la balance (répétition d’avant concert servant notamment à régler les éventuels problèmes sonores). D’où ce début flottant où, drôle de paradoxe, le son était plus fort, une fois sorti de dessous la passerelle…
Ca ne pouvait donc qu’aller mieux. Le son a fini par s’améliorer, et la machine s’est peu à peu mise en branle. D’où une seconde partie de show plus costaud, où la section cuivre a sonné le réveil, au diapason de son leader à casquette qui n’aura eu de cesse d’haranguer le public…
Asian Dub, comme à la maison
Pour Asian Dub Foundation, c’était tout le contraire. Gros son, présence scénique et départ canon. Faut dire qu’ils ont du métier et que la Fiesta, ils connaissent. Et vous n’avez même pas besoin d’être un fan de leur ragga jungle pour être emporté dans leur tourbillon sonore. Des platines, des machines, un bassiste, un guitariste, toujours le même percussionniste taille 52 et cheveux longs ; une base solide sur laquelle pouvait s’appuyer les Mc’s. Qui ne s’en sont pas privés. Et si, musicalement, Asian Dub Foundation n’a pas subi de grandes révolutions, la scène reste leur meilleur terrain de jeu.
Le pur-sang et la gazelle
Samedi, il y avait comme un goût de clôture avant l’heure dans les allées de la Fiesta ; les prochaines soirées s’annonçant comme plutôt décalées (Bashung ce soir, techno avec les 15 ans de Dragon Bal vendredi), le programme très « suds » de la soirée avait attiré du côté du Dock une grosse douzaine de milliers de fiesteurs ; résultat : une passerelle et un cabaret bondés, une bodega exsangue, une batucada enfiévrée…
Concrètement, alors que le Comorien Maalesh, en trio au Cabaret, entraînait vers un voyage intense en océan indien -prélude, paraît-il, à de plus vastes programmations pour l’édition 2009-, Joaquin Grilo prouvait, sur la grande scène, qu’un homme seul parvenait, à la force des tacones, à fasciner toute une foule. Le cheveu long et la chemise blanche, à jardin, le pur-sang répondait avec fougue, sensualité et un bel humour aux défis de ses compagnons, à la voix ou au cajon, installés à cour.
Pour la suite, on reste dubitatifs : une fois passé l’effet du charme, indéniable, de Vanessa Da Mata, on se demandait un peu ce qu’elle venait faire là, avec sa bossa pop des plus fades -imaginez Christophe Mae avec une perruque rousse et attifé avec des rideaux-, aussi artificielle que les fleurs accrochés à sa chevelure ou au pied de son micro… Bref : mieux valait quitter cette Star-Academicienne brasilo-brésillante pour goûter au bailé funk distillé Sandrinho, Tchiky bal Dente et les Chinese Man -leur 2e Fiesta d’affilée, et on ne s’en lasse pas-, au Cabaret.
Et puis il y eut Rokia Traoré ; la déesse bambara, dans un beau crescendo, passait du spleen le plus éraillé à la liesse la plus exutoire, tantôt en retenue, tantôt délurée, à l’image de cette reprise sublime du Man I Love de Billie Holiday, qui débute en blues crépusculaire et s’élance en scat afro-beat. Groove puissant, joie contagieuse : la passerelle sautait autant que la gazelle Traoré. Jubilatoire et frissonnant.
RENO VATAIN, LIONEL MODRZYK ET DENIS BONNEVILLE
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