 Fallait pas laisser sa voiture sous les platanes cette nuit… MARIE-LAURE THOMAS Eugène-Pierre. A la tombée de la nuit, des nuées d’étourneaux investissent les platanes du parvis de l’église Saint Michel. Une cohabitation difficile avec leurs voisins humains.
« Ah non moi je ne me gare plus ici, ça attaque la carrosserie ces cochonneries ! » Passablement agacée, cette jeune automobiliste préfèrera refaire un tour du pâté de maison malgré les difficultés de stationnement dans le quartier, plutôt que d’affronter les fientes des petits indésirables qui squattent les platanes autour de l’église Saint Michel (5e). Comme un peu partout dans Marseille, de la place du 4 Septembre au parc du 26e centenaire en passant par Sainte-Anne, les étourneaux ont débarqué depuis la mi-octobre à Marseille. S’ils sont sur le point de partir avec les premières vagues de froid (lire ci-dessous), leur séjour aura été diversement apprécié. « Moi je trouve leur concert mélodieux, c’est magnifique », s’extasie cette boulangère dont le magasin jouxte l’arrière de l’église, « mais c’est vrai que je n’ai pas de voiture ». A quelques mètres de là, les véhicules sont littéralement couverts de déjections. Certains ont même sorti le téléphone portable, histoire de faire des photos pour immortaliser l’instant.
Sous les semelles des passants, le sol craque. On piétine et on écrase les petites boulettes de micocouliers que les délicieux volatiles rejettent, faute de dents. Même les plus « anciens » n’avaient jamais vu ça. « J’habite ici depuis un moment, on a l’habitude de ce genre de phénomène mais là, ça dépasse tout. Ils sont trop nombreux, c’est dangereux, ça glisse, ça pue et ça abîme tout », déplore un pépé qui ne peut plus s’asseoir sur le banc maculé. « Ma femme ne se déplace plus sans son parapluie et sa canne, on sait jamais. »
Des voisins qui chantent bien trop forts
Le week-end dernier, les cérémonies de mariage en ont même été perturbées. « Les invités des noces se sont abrités comme ils ont pu pour la photo, on a évité de justesse la fiente dans les cheveux de la mariée », raconte cette employée de mairie. « Nous, on a fait une croix sur notre terrasse, le mur, le linge tout prend », renchérit cette dame.
« Sans mauvais jeu de mots, il y a l’odeur… Et le bruit », témoigne un autre habitant. Si notre boulangère se régale de leurs pépiements ou chants, il y a ceux qui aimeraient bien que cesse le raffut. « Quand on les voit arriver en bande, le soir, on sait qu’ils vont nous prendre la tête toute la nuit mais bon y a pire dans la vie », relativise ce couple dans un grand sourire. Il sait que de toute façon, « il n’y a pas grand chose à faire ». Si ce n’est d’attendre que ces petites bêtes décident d’aller voir ailleurs, poussées par la faim et les premiers froids.
MIREILLE ROUBAUD
Un phénomène naturel et récurrent
« Ce que nous connaissons à Marseille n’est que roupie de sansonnet à côté des villes du Sud Ouest. » Patrick Bayle, zoologiste de formation et responsable des espaces naturels à la direction des parcs et jardins de la Ville de Marseille, porte un regard lucide sur la situation que vivent nombre de riverains de platanes dans nos quartiers. « Il faut savoir qu’à Perpignan, par exemple, on recense de un à deux millions d’oiseaux avec des milliers de nichoirs urbains », précise-t-il. Un phénomène récurrent. Les bestioles arrivent à Marseille « tous les ans, à partir du 15 octobre et pour environ un mois ». Les étourneaux migrent du Nord Est de l’Europe, depuis des pays scandinaves comme la Russie, vers le Sud Ouest et font une halte à Marseille. A distinguer de la population « nicheuse » qui elle s’est installée et n’est pas spécifiquement urbaine. Leurs confrères voyageurs, eux, ont bien compris qu’en ville, la température plus élevée leur était clémente « et que la lumière des éclairages urbains pouvaient les protéger des prédateurs comme la hulotte ». Espèce nuisible dans le département des Bouches-du-Rhône, les étourneaux sont chassés dans les campagnes. La faute à leur régime alimentaire. Plutôt protégés par les agriculteurs dans le nord de l’Europe car insectivores, les migrateurs changent d’alimentation une fois arrivés dans le sud. Fructivores, ils ne crachent pas sur les raisins ou les olives qu’ils vont chercher dans les champs, comme ceux de la plaine du Languedoc Roussillon.
Quant aux choix des quartiers qu’ils occupent, qui changent chaque année, « on ne sait pas vraiment pourquoi » mais ils devraient partir dès l’arrivée des premiers frimas.
M.R.
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