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Accueil arrow Marseille arrow Education arrow Le travail du soir fait ses classes au collège 04-02-2012, 20:14

Le travail du soir fait ses classes au collège

24-10-2008
Dernière mise à jour : ( 24-10-2008 )
 

L’atelier musique de Sébastien Clément et son célèbre BAOPAO.Photo: MIGUE MARIOTTI
L’atelier musique de Sébastien Clément et son célèbre BAOPAO.Photo: MIGUE MARIOTTI
Accompagnement éducatif. Le collège Henri-Barnier propose une foule d’activités visant à la réussite scolaire des élèves. Une aide complémentaire qui doit répondre à la demande sociale.

Après 16h30, le collège Henri-Barnier n’est plus un lieu sans vie. Depuis que l’accompagnement éducatif existe, l’établissement proche de la cité la Castellane dans les quartiers Nord de Marseille s’ouvre le soir à de nouveaux visiteurs. Les écoliers après les cours de la journée peuvent bénéficier de l’aide aux devoirs ou pratiquer des activités sportives et culturelles. Tous les soirs, les portes du collège ferment à 18 heures, ce qui a amené la communauté éducative à changer ses habitudes. Avant, dans les couloirs à cette heure ci de la soirée, on ne croisait généralement plus que les agents de service.
Quant aux élèves, ce sont les plus volontaires que l’on retrouve le soir, pas forcément ceux qui en auraient le plus besoin. Dans la cuisine de Christian Gisclard, il règne un joyeux brouhaha. Le chef cuisinier y reçoit avec l’aide d’un professeur un atelier cuisine. Au menu, tarte aux pommes et à la crème. Les filles viennent volontiers apprendre des recettes et s’imprégner du savoir-faire du cuisinier. « J’aime transmettre », assure-t-il. Comme tous les acteurs du collège, les personnels non enseignants, secrétaires, gestionnaires peuvent aussi faire partie du programme.


Une aide complémentaire et pas concurrentielle


L’atelier d’aide aux devoirs est sans doute le plus plébiscité, Parce qu’il existe dans ces quartiers une longue tradition d’aide aux élèves. « En aucun cas, nous ne recherchons la concurrence. Nous sommes complémentaires, avertit Jean-Roger Ribaud, principal du collège. Ce sera notre modeste contribution. » L’année dernière, au démarrage, il y avait eu quelques frictions avec les associations de quartier. Le collège s’est adapté en ciblant son aide aux élèves de 6e et de 3e.
L’établissement, qui a fait l’objet d’un audit de l’inspection générale avec trois établissements du département, s’en sort plutôt bien et est fréquemment cité en exemple. Il faut dire qu’avec une enveloppe de 385 heures pour les trois premiers mois, l’établissement (Ambition Réussite) est plutôt bien doté. En plus de ces moyens, le collège a intégré dans les temps d’étude du soutien pris en charge par des assistants pédagogiques et, en fin d’après-midi, il y a au minimum deux heures d’étude obligatoire. Barnier expérimente des classes pour les grandes difficultés scolaires. Par-dessus, s’est greffé l’accompagnement éducatif.
Dans un établissement qui compte pas moins de 98% de familles défavorisées, mis bout à bout, tous ces moyens commencent à compter pour venir en aide aux élèves. « Il serait dommage de s’en priver », confie Jean-Roger Ribaud. Le principal voit tout cela comme un plus pour ces élèves qui n’auront jamais les moyens de se payer un professeur à domicile.
Dans sa classe, Tania, le professeur de français, colle de près deux élèves. « On a toujours besoin d’être derrière eux. » L’enseignante qui consacre deux heures par semaine au soutien scolaire a le sentiment d’être utile. Elle reste persuadée que seule la réussite scolaire peut aider les gamins à s’en sortir socialement.
Ambiance moins studieuse. Mais tout aussi exigeant Sébastien Clément, le jeune professeur de musique, a ouvert un atelier de BAOPAO. Une seule fille et le reste de garçons, un début de mixité dans cet atelier, dont les places sont disputées. « Je peux le faire monsieur », chacun y va de sa démonstration.

Très impressionnant d’ailleurs lorsque les ados glissent leur baguette sous les arcs où passe un rayon laser de ce drôle d’instrument. Quatre axes métalliques sont reliés à un ordinateur. Du beau matériel (10 000 euros) financé par le conseil général, avec lequel on peut faire « ce que l’on veut ». Ici, explique Sébastien Clément, « on travaille le développement psychomoteur et l’oreille ». Avec peu d’expérience et en suivant leur professeur à la baguette, les élèves jouent vraiment de la musique.


2 400 heures soit l’équivalent de 2,5 classes


Au numéro 102, la salle de classe du professeur de technologie affiche complet. On y fabrique un petit ventilateur électrique. Deux heures par jeudi, l’enseignant apprend à des élèves des choses qu’ils n’ont pas le temps de faire en classe. Des enfants touchent à tout. Un enthousiasme débordant que l’enseignant doit rapidement maîtriser sous peine d’être très vite débordé. Les besoins sont énormes, l’envie de savoir aussi. Après une journée de cours, personne ne semble totalement rassasié.
La direction du collège assure qu’il faudra rester vigilant et que, pour l’instant, le seul écueil relève de la vie scolaire. Surveillance et appel des élèves doivent être assurés comme le reste de la journée.
L’école après l’école est un important édifice qui, après un an d’exercice dans les collèges des zones d’éducation prioritaire, n’a pas encore donné de résultats très probants sur le traitement de la difficulté scolaire. On attend, pour la fin de l’année, une nouvelle évaluation.
L’opération ne fait pas l’unanimité. Benoît Cheik Ali, professeur de mathématiques et militant de la CGT Education, estime qu’il y a un mélange des genres préjudiciable, dans la mesure où tout un pan d’activités relève déjà du domaine associatif. Au fond, ce qui a le plus choqué les enseignants c’est que cette aide qui se monte à plusieurs millions d’euros soit dépensée au moment où l’on supprime des milliers de postes. De l’effet d’annonce, de la promesse de campagne. D’un côté, on stigmatise les parents et, de l’autre, on demande aux enseignants de venir travailler après leur journée de travail. « C’est la politique de Darcos d’enfoncer les coins. » Dans le même temps où l’on supprime des postes, on a créé des catégories de consommateurs d’heures supplémentaires. Un enseignant sera payé 35 euros de l’heure, tandis qu’un personnel TOS 15 euros. Comment résister ? Au collège Henri-Barnier, avec une dotation de 2 400 heures par an, il y aurait de quoi ouvrir l’équivalent de 2,5 classes de 6e.


CATHERINE WALGENWITZ







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