 Trois univers pour un programme riche d'images et de sensations. Photo: RT Danse.Ce week end à l’Opéra, le Ballet de Marseille dans un triptyque éclectique et très physique.
Une immense étendue vermillon et des danseurs en fourreau d’une couleur à peine plus sombre : ambiance velours, comme pour répondre aux rouges et aux ors de l’Opéra de Marseille, qui accueille pour deux soirées le Ballet national de Marseille (BNM), avec le Somewhere signé Julien Lestel, soliste dudit BNM, qui débute en parallèle une carrière de chorégraphe (cf. La Marseillaise de mercredi). Gestes étirés, tournoiements vertigineux, portés gymniques : cette « rêverie éveillée » captive, sur une musique signée du sériel-répétitif Philip Glass peu habitué à ces poses néoclassiques. Entre violons, pianos et cuivres en boucle, les 13 interprètes, oiseaux ou picadors, font preuve de leur belle technique. Les duos Agnès Lascombes / Gilles Porte, Cynthia Labaronne / Julien Lestel, et le final extrêmement sensuel de Delphine Boutet marquent un opus tout en démonstration, qui ne raconte rien mais révèle énormément.
De main de maître
Dans un antagonisme évident -mais qui fut applaudi avec la même ferveur-, le TéToTé présenté par Yasuyuki Endo, un autre soliste du BNM (décidément un beau creuset), catalyse des dizaines d’histoires. Ouverte sur un magnifique rideau, ondulant et vacillant, cette variation est un « zoom » sur la main, prisonnière au départ, vite libérée : main qui caresse ou main qui claque, qui détruit ou construit, qui protège ou attaque, qui fige ou autorise, qui tient l’épée ou sonne le tocsin, qui lâche ou qui rattrape. Dans un dispositif simple mais impressionnant -une cinquantaine de tiges de métal tombées des cintres qui peuvent figurer ici une forêt, là une prison, ou encore un « paysage après la bataille »-, les 7 danseurs (tous sublimes, impossible de n’en citer que quelques-uns) se manipulent, s’auscultent, se jettent à corps perdus dans les bras de l’autre. Non sans humour, démonstration est faite que la main peut « échanger » davantage que la parole -tous les interprètes sont de nationalités et de langues diverses. Non sans finesse, aussi.
La barre comme une portée
On pourra trouver que Sextet, pièce recréée pour le BNM par Thierry Malandain, directeur du CCN de Biarritz, avec sur le plateau, l’ensemble Télémaque dirigé par Raoul Lay sur une partition extrêmement complexe de Steve Reich, déploie une gestuelle assez navrante, avec dodelinements, mouvements de pendules, culbutos et grenouilles qui se fouettent (véridique). Mais on ne pourra renier l’extrême virtuosité de cette fusion corps-notes, les barres de danse se transformant en portées musicales où les 12 danseurs incarnent croches ou demi-tons, avec une très grande musicalité ; le souci est peut-être là : ce « solfège chorégraphique » peut-il dépasser le ridicule apparent des gestes qu’il implique lorsque le spectateur n’est pas lui-même musicologue ? A entendre les applaudissements très nourris du public phocéen hier soir, tous étaient des spécialistes…
DENIS BONNEVILLE
Somewhere - chorég Julien Lestel, Té To Té - chorég Yasuyuli Endo, et Sextet - chorég Thierry Malandain (avec l’ensemble Télémaque), les 24 et 25/10 à 20h à l’Opéra de Marseille. Infos 04.96.11.04.61, espaceculture.net et ballet-de-marseille.com
|
|
|
Bravo Malandain
Ecrit par: yoleger le 28-10-2008 12:01
Sans être musicologue j'ai adoré la pièce de Thierry Malandain, et le public aussi mais n'est ce pas comme un celebre Maurice Béjart qui fut adoré du public mais pas des critiques. J'aime avant tout la danse qui danse et c'est tellement rare de nos jours, les directeurs de théatre eux le comprennent bien la preuve plus de 90 spectacles par an pour Ballet Biarritz ... Les gouts et les couleurs ...
» Signaler ce commentaire à l'administrateur
» Répondre à ce commentaire