 Les danseurs répètent intensément depuis plusieurs jours avant de s’attaquer, vendredi, au plateau de l’Opéra de Marseille. (Photo ROBERT TERZIAN) Danse. Le Ballet de Marseille retrouve le plateau de l’Opéra vendredi et samedi avec un opus de Thierry Malandain et deux pièces signées par les solistes Yasuyuki Endo et Julien Lestel.
Pour sa rentrée « à domicile », après un mois de septembre marqué par des dates en Belgique, en Grèce et à Arcachon, le Ballet national de Marseille (BNM) retrouvera, vendredi et samedi, le rouge et or de l’Opéra phocéen, avec 3 pièces. Particularité de ce nouveau programme : outre la « re-création » d’une pièce signée par le chorégraphe reconnu Thierry Malandain, qui dirige depuis 10 ans le centre chorégraphique national de Biarritz, Frédéric Flamand a proposé à deux de ses solistes, Yasuyuki Endo et Julien Lestel de faire danser leurs camarades.
Désirs chorégraphiques
Formé à l’Opéra de Paris -où il a notamment attiré le regard aiguisé d’un certain Noureev - avant de rejoindre le BNM en 1999, Julien Lestel n’en est pas à sa première chorégraphie ; le duo Les âmes frères, partagé avec l’alter ego Gilles Porte, a été présenté à l’Espace Cardin parisien, au Festival de Lacoste et au Gymnase phocéen, « mais avec Somewhere, ce sont 13 danseurs, et surtout une entrée au répertoire du Ballet ! », affiche-t-il fièrement. Pièce d’une grande physicalité, qui entraîne le spectateur dans « un rêve éveillé » intime et sensuel au fil d’une vertigineuse musique de Philip Glass, Somewhere a déjà été présentée en juin 2007 dans le grand studio du BNM. « Elle a ensuite beaucoup tourné, une quinzaine de fois, notamment au théâtre Marigny, à Paris, avec d’autres pièces de Forsythe ou Duato : c’est pour moi un grand bonheur, comme un encouragement à poursuivre mes désirs chorégraphiques. Et là, que ma pièce soit dansée à l’Opéra de Marseille, où j’ai tant de souvenirs, ce sera encore une émotion particulière », ajoute le jeune homme qui, pour pallier le départ de Frédéric Carré vers les Ballets de Monte-Carlo, prendra un des rôles principaux de sa propre pièce. « Au départ je ne voulais pas, pour garder une vision d’ensemble ; mais la pièce est désormais bien calée, et je suis heureux de retrouver mes complices sur le plateau. »
Le danseur veut pourtant garder la tête froide : s’il travaille actuellement sur une pièce pour 8 danseurs, au sein de sa propre compagnie, inspirée par L’amant de Lady Chatterley -et programmée, toujours à l’Opéra de Marseille, le 13 juin- il ne songe pas tout de suite à prendre son indépendance : « Je préfère refuser des dates pour ma compagnie et rester au Ballet ; d’abord parce que c’est trop risqué, trop tôt, ensuite parce que j’ai encore envie de rester au BNM ; Frédéric Flamand, de son côté, est dans un constant dialogue pour que les deux puissent aller de pair. »
Ma main à couper
Même si son « caractère » et sa gestuelle est plus ancrée dans le contemporain, Yasuyuki Endo, qui travaille aux côtés de Frédéric Flamand depuis 1998 et a collaboré avec Saburo Teshigawara, a également une solide formation néoclassique, et des ambitions chorégraphiques déjà mises en pratique à Tokyo ou Bruxelles. Té To Té, pièce pour 7 danseurs qui sera créée vendredi, sera la 2e pour le répertoire du BNM, après Koe / la voix sans timbre en 2006 : « Il y a une filiation entre les deux pièces : après la voix, c’est sur un autre élément du corps que j’ai voulu me concentrer : la main, "Té" en japonais. On oublie souvent que la main est nécessaire pour engendrer des échanges, communiquer ; il y a aussi un paradoxe : c’est elle qui caresse, qui construit, c’est aussi la main qui peut détruire ou frapper. » Avec une distribution très « internationale » -Portugal, Allemagne, Italie, Biélorussie, Japon, France et Pologne-, Té To Té s’appuie sur une sélection musicale où apparaît notamment Ryuichi Sakamoto –compositeur, entre autres, de la BO du Dernier empereur de Bertolucci - sur des projections vidéo et un dispositif scénique qui s’annonce impressionnant : une « forêt » constituée de 50 lames d’aluminium tombées des cintres -imaginée avec l’architecte Tsuyoshi Tane- introduira une part de danger et de risque dans cette « bataille » que le danseur-chorégraphe qualifie aussi de « tremblement de terre »…
Malandain tient la barre
La pièce qui terminera le programme, un Sextet pour 12 danseurs signé Thierry Malandain, sera certes la reprise d’une pièce née en 1996 à Saint-Étienne, mais fait l’objet, pour sa « transmission » marseillaise, d’une véritable création musicale : l’œuvre du compositeur Steve Reich sur laquelle cette variation autour de la barre classique s’appuie pour « parler de danse » sera en effet donnée en live par deux pianistes et quatre percussionnistes de l’ensemble Télémaque dirigé par Raoul Lay. Œuvre emblématique de la musique répétitive américaine, marquée par une certaine influence africaine, Sextet est, selon lui, « un sprint vertigineux de trente minutes ». Pour les musiciens, comme pour les 12 danseurs…
DENIS BONNEVILLE
Somewhere - chorég Julien Lestel, Té To Té - chorég Yasuyuli Endo, et Sextet - chorég Thierry Malandain (avec l’ensemble Télémaque), les 24 et 25/10 à 20h à l’Opéra de Marseille. Infos 04.96.11.04.61, espaceculture.net et ballet-de-marseille.com
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