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08-02-2012, 01:47

Blanche neige ? De la poudreuse...

11-10-2008
Dernière mise à jour : ( 11-10-2008 )
 

Reprenant une imagerie très Disneyenne sur les violonnades romantiques de Mahler, la Blanche Neige de Preljocaj ne devrait pas laisser une race indélébile dans l'histoire de la danse contemporaine... Passent les saisons... CHRISTIAN GANET / MICHEL CAVALCA
Reprenant une imagerie très Disneyenne sur les violonnades romantiques de Mahler, la Blanche Neige de Preljocaj ne devrait pas laisser une race indélébile dans l'histoire de la danse contemporaine... Passent les saisons... CHRISTIAN GANET / MICHEL CAVALCA
Danse. L'aixois Angelin Preljocaj créait sa version du conte des Frères Grimm pour la Biennale de Lyon. Même s'il modernise un peu le style du ballet romantique, le résultat est niais, plat et ennuyeux.

Créée dans le cadre d'une Biennale de danse placée sous le signe du « Retour en avant » réunissant notamment Wayne McGregor, Maguy Marin, Carolyn Carlson ou Accrorap, la Blanche neige annoncée par Angelin Preljocaj, qui ambitionnait de faire rimer ballet romantique et danse contemporaine en proposant de donner une nouvelle vie au conte des frères Grimm avec des musiques de Mahler reliées par l'électro de 79D, avait laissé espérer de belles choses.
Si le public de la Première lyonnaise -constitué pour beaucoup de « fans » du chorégraphe- a acclamé avec ferveur les 2 heures sans entracte de spectacle (sous le regard souvent dubitatif des critiques et observateurs venus là par hasard…), ce n'est pas un hasard : même s'il en reprend les codes -mais ne l'en débarrasse pas de sa niaiserie...-, cette « modernisation » du Ballet classique apparaît plutôt comme une « version chorégraphique » des comédies musicales à la française, style Notre-Dame de Paris ou Le Roi Soleil. Décors imposants (signé Thierry Leproust), avec mur d'escalade et fumigènes, costumes tape-à-l’œil (signés Jean-Paul Gaultier), où les cuissardes et corsets foisonnent : le dispositif est le même, spectaculaire et extrêmement simpliste, à l'instar du code couleur : Blanche est blanche, la reine, aux faux airs de Jeanne Mas, est en rouge et noir, le prince aime le saumon et les nains-spéléologues sont rouille. On s'encanaille un peu, voire devient-on un poil vulgaire (l'attirail gentiment SM de la reine, les flancs à nu de Blanche neige qui finira, pauvre d'elle, les jambes dans la pièce montée de son mariage princier...) Le climax du pathétique étant atteint lorsqu'une « biche », bois en serre-tête et couche-culotte en peluche (pauvre Céline Marié...), vient agoniser au milieu du plateau, un cœur en plastique rouge vif entre les seins nus.


Plus Disney que Bettelheim
Une comédie musicale à la française, donc, car si les 26 danseurs, enchaînant duos et unissons, ne chantent pas, ils « poussent leurs gestes » aussi fort qu'un Garou ou un Christophe Mae le font avec leurs voix dans les grand-messes de Ouali, Chouraqui, Plamondon et consorts... Dans les rôles principaux, Nagisa Shirai, Céline Galli et Sergio Diaz, associent charisme et technique, mais ne peuvent faire autrement que sur-jouer et sur-danser...
De l'énergie, donc, à défaut d'imagination, du moins dans la première partie -le bonheur dans la cour du roi, la jeune princesse s'amusant avec ses amis, l'arrivée de la méchante et jalouse reine-, le spectacle s'essoufflant et ralentissant de façon étonnante par la suite. Manque de temps, panne d'inspiration ? Reste que la ronde de « claquements » style Danse des canards, qui précède l'empoisonnement, mais aussi l'arrivée du fantôme maternel -suspendue à deux énormes câbles, n'est pas Arturo Brachetti qui veux...- ou la scène du « baiser qui ressuscite » (et vas-y que je me prend la tête, et que je me traîne par terre...), sont particulièrement bâclées, molles et creuses. Jusqu'au final, pathétique, de la punition de la marâtre, affublée de chaussons ardents et gesticulant comme une bimbo sous LSD dans son bûcher...


Consensus mou
A trop chercher à plaire à tout le monde et comme contraint à multiplier les longues tournées (les difficultés financières du Ballet aixois, avec l'affaire du remboursement de droits dus à la Spedidam doivent y être pour quelque chose), Angelin Preljocaj, lui qui a bouleversé tant de choses dans la danse contemporaine de ces 25 dernières années, s'est avec Blanche Neige fourvoyé dans une impasse, celle du consensus mou et de l'affadissement, ignorant tous les sous-textes psychologiques et sexuels soulevés notamment par Bruno Bettelheim dans sa Psychanalyse des contes de fées –pourtant cité dans le dossier de presse-, qu'il s'agisse du rôle du chasseur, ici triplé on ne sait pourquoi, et faisant fi du lien ambigu de la jeune vierge avec les nains initiateurs... Pour le coup, on est chez Disney -et la ressemblance de la méchant reine avec la marâtre du dessin animé n'est pas innocente-, et chacun pourra sans crainte amener sa progéniture à ce barnum-là. Mais on se demande encore pourquoi et comment cette idée a bien pu germer dans la tête du génial auteur d'Annonciation, de MC 1422 et d'Helikopter.
« C'est un entreprise délicate que de chercher à émouvoir », affirmait le chorégraphe dans le dossier de presse de Blanche neige. Expérience faite, la dichotomie dans le public est claire: au pire il ennuie, au mieux il divertit. De là à « émouvoir »...


DENIS BONNEVILLE


Blanche neige, était présenté jusqu’au 4/10 à la Maison de la Danse de Lyon, infos 04.72.26.38.01 et biennale-de-lyon.org et preljocaj.org
En tournée : du 10 au 25/10 au théâtre national de Chaillot, Paris. Du 12 au 16/11 au Grand théâtre de Provence, Aix-en-Provence. Infos 04.42.91.69.69 et grandtheatre.fr Et les 17 et 18/12 au Corum, Montpellier. Infos 0800.600.740 et montpellierdanse.com






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