 Francophone et francophile, le réalisateur de "W", "Nixon", et "dsk" se définit lui- même comme "Démocrate Progressiste" DR Entretien. Alors qu’il vient de signer un film sur Bush, « W » qui sort mercredi prochain en France, Oliver Stone nous livre ici son point de vue sur les enjeux de la présidentielle.
Après huit ans de présence à la Maison Blanche, quel regard portez vous sur Bush « junior » ?
Je pense que Bush est la figure la plus importante de ces quarante dernières années. En tout cas depuis Kennedy. Il a changé la façon dont le monde est, il a changé la vision de l'Amérique, la manière de régler les problèmes du monde et, je le crois, à tout jamais. Il a renforcé le pouvoir exécutif de manière incroyable et personne ne s'est comporté comme lui dans les temps de guerre. C'est presque un personnage mythique : le fils prodigue qui s'avère ne pas être le bon. Lorsqu'il se lève le matin, qu'il se regarde dans la glace, il doit se dire qu'il a en face de lui un mec bien. Il le croit, sincèrement.
A quel type de changement aspirent vos compatriotes ?
Dans l'idée du changement, il faut peut-être prendre en considération le fait que mes compatriotes en ont assez des dynasties : le clan Kennedy, la famille Bush, les Clinton... Ils veulent mettre fin à cela de manière nette. Obama est un réformateur avec une nouvelle énergie, une nouvelle approche et il a une bonne image à l'étranger. Je le vois dans mes déplacement : le monde soutient Obama. Le problème c'est qu'il aura à lutter contre tous les verrous qui sont là : les lobbys, les corporations. Comment par exemple arrivera-t-il à couper dans le budget des militaires qui représente des milliers de milliards de dollars ? Sa première tache sera de sortir l'Amérique du trou noir qui est le cauchemar Bush. La chose qui m'inquiète et dont il a parlé, c'est de déplacer la guerre d'Irak en Afghanistan. Cela me fait très peur car j'ai le sentiment que cela peut nous mener à un nouveau Vietnam.
Selon vous Obama va l’emporter ?
Les élections aux Etats Unis sont un cycle particulier : il y a quelques mois, on ne parlait pas d'un duel Obama McCain. C'était Clinton et Juliani qui tenaient la corde. Quand Obama est arrivé, on disait qu'il ne pouvait pas être élu car il était noir. McCain c'était l'expérience et aussi le « eux contre nous ». Si Bush avait réussi en Irak, l'Amérique serait aujourd'hui amenée à développer une politique beaucoup plus agressive en Iran.
Ce qui a changé du tout au tout dans la campagne, c'est l'arrivée de la crise financière et les problèmes économiques qui en découlent. Soudain l'Amérique s'est rendue compte qu'il fallait changer de comportement et s'est tournée vers Obama. Les Américains s'aperçoivent, face à la crise actuelle que voter McCain cela reviendrait, politiquement, à un troisième mandat Bush
Ce changement va-t-il changer la manière de faire de la politique aux Etats Unis ?
N'oubliez pas une chose, aux Etats Unis, lorsqu'on parle d'un « élu », il y a toujours derrière lui des puissances financières. Ce n'est pas forcément celui qui a le plus d'argent pour sa campagne qui gagne à tous les coups mais que l'on soit d'un bord ou de l'autre, des financiers, des industriels, des lobby financent l'arrivée au pouvoir du futur président. Elu, chez nous, ça veut dire avoir de l'argent. Cela est très particulier. Un homme comme De Gaulle qui se « met à disposition de la nation », les « grands commis de l'Etat » ou le « service public » sont des choses qui n'existent pas chez nous. Et je le regrette, croyez moi.
Depuis plus d’un an, en France, nous avons un président qui est très « étasunien »…
Je n'ai pas pour habitude de m'exprimer sur les affaires internes d'un pays dans lequel je ne suis que de passage. Je remarque simplement qu'à peine élu, votre président est allé voir Bush. C'était presque spontané et cela m'a déçu. Et pas seulement parce qu'à l'époque il n'y avait pas Carla à côté de lui. En revanche je suis admiratif de la position de Chirac parce qu'il a dit non à Bush, dieu merci. On ne dira jamais assez combien tous ceux qui étaient dans la rue, dans le monde entier, pour s'opposer à la guerre m'ont fait chaud au coeur. Je regrette qu'en Amérique nous ayons cédé aussi facilement. La France a été exemplaire dans son attitude.
PROPOS RECUEILLIS PAR CLAUDE MARTINO
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