 Photo DR Brel. Il y a bientôt trente ans, c’était le neuf octobre, du côté de l’archipel des Marquises, un Belge s’en allait et nous laissait seul comme Jeff.
Qu’est devenu le peignoir rayé qu’il avait enfilé en 1966, pour recevoir l’une des plus longues standing ovation que l’Olympia ait connu ? C’était ses adieux à la scène. Et nous n’y croyions pas. Pourquoi nous laisserait-il ? Pourquoi diable arrêterait-il ? Ce soir là, sans doute, et comme tous les soirs, avant de monter sur scène, il avait vomi. A cause du trac (à l’époque, le vocable «pression » ne s’entendait guère que dans les débits de boissons et fleurait bon la gueuse) ; à cause de cette folle idée qu’il avait toujours eu de « donner ses tripes » à chaque tour de chant, à chaque chanson, campé dans son costume noir, droit comme un I, comme le pied du micro que sa main, nerveuse, dévissait pour sans cesse régler à la juste hauteur, durant les applaudissements.
Le temps de cette ultime ovation, il avait donc enfilé ce soir là un peignoir et nous était apparu, visage en sueur, tel un boxeur à l’instant de quitter le ring. Notre certitude, c’était d’être KO. Debout, en train d’applaudir, certes, mais totalement sonnés et sans encore très bien savoir, tel le challenger d’un match perdu d’avance, si c’était à cause de la science du noble art qu’il venait de déployer où l’ annonce, sine die, de sa retraite.
C’est sans prendre de gants qu’il avait annoncé qu’il les raccrocherait. En parlant justement du trac, de son estomac. Incrédules, de prime abord, nous l’avions laissé dire. Il faisait de l’avion, il faisait du bateau ou bien du cinéma. Il était loin, déjà, parti reconquérir le far-West qu’on lui avait volé lorsqu’il était enfant.
Déjà, outre-Atlantique, il rêvait de Don Quichotte. Atteindre l’inaccessible étoile c’était tout de même encore frapper fort au plexus solaire d’un public. C’était quitter la bure et la soutane que lui avait taillé, naguère, l’ami Georges, pour celle d’un matamore qui avait guerroyé au plat pays des moulins à vent.
L’étoile inaccessible, c’était lui, maintenant. Mais dans ce petit coin de paradis sur terre, il savait encore se mettre à disposition. Un matin, il reçut une lettre. L’enveloppe mentionnait sobrement « Monsieur Jacques Brel, îles Marquises ». Des collégiens, étudiant l’une de ses plus célèbres chansons, s’interrogeaient sur le sens à donner à la phrase « Quand les fils de novembre, nous reviennent en mai ». Il y répondit, par retour du courrier, avec cette écriture qui lui ressemblait tant, nerveuse et rectiligne, expliquant que chez-lui (mais était-ce encore « chez-lui ») le houblon se plantait en novembre en famille et que la famille se retrouvait, pour la récolte, en mai.
Qui n’aurait pas aimé recevoir ainsi une lettre de l’insulaire ? Nous n’avions plus de nouvelles de lui. Sur une scène de Broadway, on claironnait en lettres de feu qu’il allait bien et qu’il vivait à Paris. Nous savions pertinemment que cela était faux, en tout cas pour Paris. Le reste… ? nous imaginions bien sur les nuits blanches, le tabac, l’alcool et ces bars de nuits d’après les tours de chant où jusqu’à plus soif, jusqu’à plus mots, jusqu’à plus soif de mots, il refaisait le monde et tutoyait les anges (comme quoi la défroque – maudit Georges – restait toujours de mise).
C’est justement au cœur d’une de ces nuits blanches que cela était arrivé, quelques années plus tôt. Le bar était minuscule, tout en longueur, et l’enseigne néon, rose, clignotait au dehors comme un fanal stupide « Chez Marinette ». Les Gitanes sans filtre débordaient du cendrier. Les tables en formica empilaient les sous-bocks. Son regard s’était porté loin jusqu’au fond de la salle en brique rouge, jusqu’au mur qui lui faisait face.
Suspendues dans des cadres, il y avait là une impressionnante galerie de photos en noir et blanc plus ou moins dédicacées de starlettes oubliées et de brunes vedettes de la chanson. Il s’était levé, le verre à la main, la cigarette au bec, pour détailler une à une les icônes glacées. Tout le monde attendait quelques railleries de sa part devant telle ou telle mais il n’en fit rien.
Il tendit son long cou vers une photographie, tapota de l’index le sous verre et, se tournant vers ses compagnons insomniaques claironna « C’est à lui que je veux ressembler. A lui seul… »
Les noctambules opinèrent du chef. Beaucoup plus tard, une fois qu’il eut quitté les lieux, certains s’approchèrent de la photographie. C’était celle d’un boxeur en sueur qui, dans un coin de ring, levait les mains au-dessus de sa tête. Sur ses épaules, le sportif portait un peignoir rayé... On ne sait plus, depuis, ce qu’est devenue la photo.
Claude Martino |
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Arbre généalogique de Jacques Brel
Ecrit par: Philippe de Commynes le 06-10-2008 16:34
Jacques Brel: la famille Brel est originaire de Comines, une petite ville de Wallonie picarde en Belgique, à 10 kilomètres au nord de Lille. Sa généalogie complète sur Link Text
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