 Venise et sa lagune (Photo DR) Marseille-Venise. Une histoire et un questionnement citoyen en commun. La preuve en balade pour les Journées européennes du patrimoine.
Marseille-Venise : deux villes portuaires d’Europe en pleine restructuration, le rapprochement semble aller de soi. Mais la cité phocéenne et la cité lacustre ont plus qu’un port en commun. Et ça vaut le coup de s’y attarder, notamment, à l’approche des Journées européennes du patrimoine.
Marseille-Venise, deux ports industriels au devenir en question et qui misent sur le tourisme. Marseille-Venise, des liens commerciaux historiques privilégiés avec l’empire byzantin, des lignes de conflits actuelles sur l’accès au foncier, l’espace public, la gestion des ressources naturelles et culturelles.
Marseille-Venise, sœurs jusqu’à avoir des quartiers aux noms semblables. Et à être animées par des propositions à la démarche identique pour les Journées européennes de patrimoine. L’article de Prosper Wanner publié dans la revue vénitienne Lagunamare, fait à ce titre écho aux recherches menées par le collectif du vallon des Carmes, dont La Marseillaise suit les découvertes depuis plus d’un an (sous l’appellation : les Défricheurs des Aygalades).
L’Europe des quartiers
« D’immenses hangars de marchandises avec leurs canaux, leurs carrioles, leurs maisons hangars, sorte de caravansérails ». Au-delà des apparences, pour l’auteur ce qui lie aujourd’hui les deux villes, ce sont deux propositions singulières qui émanent des Journées européennes du patrimoine. Chacune des deux villes porte le 20 septembre prochain, une initiative « portée par des mouvements citoyens inquiets du devenir de leur ville et de la place qui leur est faite. Ils cherchent à regagner du pouvoir sur la gestion du patrimoine pour réinventer leur propre avenir. Le patrimoine devient un moyen de se réapproprier la ville et son propre devenir social, économique et culturel ».
A Marseille, le Programme européen de patrimoine intégré plonge aux cœur du vallon des Carmes, aux Aygalades, dans des quartiers en restructuration. Il mobilise autour d’une marche patrimoniale, une conservatrice du patrimoine, une paroisse, des locataires, des copropriétaires, un CIQ, des associations, des artistes, des entreprises, qui n’ont de cesse de dénicher, dépoussiérer, défricher les vestiges patrimoniaux de ces terres, pour mieux envisager leur avenir*.
A Venise, « une première expérience de balade patrimoniale sera tentée à la Giudecca cette année entre une association de résidents les « 40xVenezia » et la Casa della memoria. Le Molino Stucky, immense moulin, symbole de l’époque industrielle, rénové en hôtel de luxe, centre des congrès et résidence, sera au centre de cette ballade patrimoniale. (…) L’enjeu est d’aller à la rencontre des autres pour qu’ils nous racontent leurs différentes lectures de la rénovation en cours et que chacun puisse se réapproprier le patrimoine présent », décrit encore Prosper Wanner.
C’était Byzance
L’expérience parallèle actuelle révèle des similitudes qui remontent bien plus loin. L’article italien indique : « Marseille et Venise sont les deux villes d’Europe à avoir bénéficié durablement du privilège du commerce à l’Est avec l’empire byzantin, puis l’empire ottoman ». Il précise que les Capitulations signées en 1536 entre François Premier et Soliman le Magnifique sont inspirées du Chrysobulle, signé en 1082 par l’empereur byzantin Alexis de Comnène. Il donnait l’avantage à Venise sur le commerce méditerranéen. Les Capitulations privilégient les commerçants français sous administration de la Chambre de commerce de Marseille.
Ces deux cités qui se développent comme ports industriels au XIXe siècle. « Sur les terres initialement occupées par de riches demeures, le « port usine » dessine une nouvelle ville faite de citées ouvrières, d’usines cathédrales et de voies de transports.
Les quartiers au nord de Marseille et l’île de la Giudecca, alors quasi "désertique", connaissent un essor considérable .» Aujourd’hui, on fait front à la gestion de friches industrielles et aux conséquences sociales de la désindustrialisation. Deux nouveaux ports émergent : Le port pétrochimique à Porto Marghera et Fos XXL. Et on met l’accent sur les croisières.
De Giudecca à Judheca Et plus on creuse plus on trouve de points communs. Jusque dans les noms des quartiers des deux cités. Si Giudecca est une île vénitienne, Marseille comptait aussi sa Judheca au Moyen-Âge. A Saint Joseph, on l’a totalement oubliée aujourd’hui. Mais des textes datés entre 1272 et 1350, mentionnent, pour désigner le village du 14e ardt, « vallis Juzaiga », « val Jugequa », « vallis Judayca ». Voire « Juhegue ». Avec la même racine « ayga », que dans Aygalades ? En référence à cette même eau, celle qui coule des ruisseaux, jaillit des sources, dévale des versants des collines et se répand sur les plaines, alimentant au passage les fontaines des beaux domaines provençaux comme celles des fermes.
MYRIAM GUILLAUME
Journées européennes du patrimoine le 20 septembre aux Aygalades, rdv à 14H à l'église pour le départ de la marche. (lire notre série parue tous les dimanches depuis le 15 août)
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