 Photo Dr Mesrine, l’ennemi public n°1. Suite (et fin) de la saga du célèbre truand pour un film nerveux et épidermique sur une figure aussi médiatique qu’ambiguë.
Le visage est penché vers l’avant, tête inclinée, tignasse frisée,barbe hirsute. Des blessures marquent la face et un filet de sang, rectiligne comme une mortelle trajectoire, perle. De l’avis même du triumvirat Thomas Langmann (producteur), Jean-François Richet (réalisateur) Vincent Cassel (interprète), cette image – l’ultime du second volet consacré à Mesrine) est la plus belle des deux films. Au point d’en devenir l’affiche. Une image icône, saint sulpicienne. Ne manque que la couronne d’épines. Mesrine saint et martyr ? De part son référent, cette image emblématique pourrait le faire croire à moins que (affiche et marketing obligent) elle le revendique.
Or, s’inscrivant en ligne directe dans la continuité du film précédent, L’Instinct de mort, le film de Richet ne joue pas la fascination pour le « héros » et le mythe. Richet n’a de cesse de questionner le personnage dans sa manière de gérer son image, sa médiatisation. L’ennemi public n°1 tout en évoquant la fin de parcours et les moments (les « clous ») les plus célèbres du truand, juxtapose les « incontournables » : le braquage du casino de Deauville, l’évasion du tribunal de Compiègne, celle de la prison de la Santé jusqu’au rond-point de la Porte de Clignancourt dans le registre du film d’action tout en se ménageant des ressorts moins spectaculaire. Ainsi la « politisation » du personnage, Richet (le réalisateur de Etat des lieux ne pouvait pas le manquer) se révèle beaucoup plus opportuniste que véritablement militant. Charlie Bauer (étonnante composition de Gérard Lanvin), le truand « politisé » le délaissera comme François Besse (Mathieu Amalric), le bandit « classique ».
La bande-annonce
L’ennemi public n°1 est un homme seul qui marche vers sa mort. Cette même marche, en spit screen, ouvrait le premier film. Replacée dans le contexte, elle permet à Richet de changer totalement de point de vue, d’adopter celui des flics en planque qui lui permet, via le ressenti des forces de l’ordre, d’esquisser un autre Mesrine, celui dont l’image et la réputation sont étroitement imbriquées. C’est cette dimension gigogne, du reflet (une fois encore ils abondent ici) et de l’ombre que le film met en avant. Et si la fusillade de Clignancourt débute son coupé c’est semble-t-il tout autant pour se débarrasser de la polémique (sommations ou pas ?) que pour un hommage à Arthur Penn qui lui aussi avait eu recours à ce procédé précédent le massacre de Bonnie and Clyde.
C’est parce que l’objet cinématographique, nerveux à souhait, et la composition de Cassel, épidermique à l’envi, ont cette carnation que le film ne tombe jamais dans la complaisance. Si l’on imagine aisément une couronne d’épine sur la tête du supplicié qui s’affiche un peu partout, c’est parce qu’il était hors de question de lui coller une auréole.
Claude Martino
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