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Accueil arrow Culture arrow Cinéma arrow Le reflet de la disparue 04-02-2012, 20:52

Le reflet de la disparue

08-10-2008
 

 

Photo DR
Photo DR
La frontière de l’aube. Le cinéma de Philippe Garrel reste et demeure littéralement fantastique. N’en déplaise à certains.

Donner à voir un film de Garrel à Cannes et en sélection officielle, c’était sans doute gonflé de la part de Thierry Frémaux. C’était aussi, nous le redoutions, précipiter la chute de l’ange du haut du troisième balcon de l’auditorium Lumière.
    Depuis bientôt un demi-siècle, Garrel filme, à l’économie (La frontière de l’aube a coûté moins de deux millions d’euros – soit moins que certaines bandes annonces !) l’amour en train de se vivre, en train de se défaire et nous ne manquerions pour rien au monde ces intimes rendez-vous qu’il nous fixe pour nous pencher sur cette cicatrice intérieure si infime soit-elle, car elle est irrémédiablement placée sous le sceau d’une morale cinématographique qui se fait de plus en plus rare.
    La frontière de l’aube ne déroge en rien à cette ligne de conduite (ce qui aura agacé quelques cannois de passage) : un Paris illusoire et désert, un garçon (Louis Garrel) qui rencontre une fille (Laura Smet). Il est photographe, elle est déjà Icône. C’est donc loin de l’image que se construira une tumultueuse liaison… Jusqu’au surnaturel reflet dans un miroir.
    Le décryptage reste élémentaire pour qui connaît et apprécie le travail de Garrel. On pense, forcément à son rapport, naguère avec Nico, l’icône du Velvet Underground. D’autant que François, le photographe, anime ses images plus qu’il ne fige la psyché. Son personnage s’apparente à celui (mimétisme ? choix) qu’incarnait Jean-Pierre Léaud dans Le dernier tango à Paris (autre « boy meet girl » d’un Paris évacué), soucieux de sauver l’Atalante et Jean Vigo avec.
    C’est dans ce « never more » qui ne s’aimante jamais à la nostalgie que le cinéma de Garrel puise sa force, sa désespérance et cette lumineuse – si rare et si précieuse de nos jours – force de conviction qu’un amour est possible comme l’est encore un cinéma aimable. Garrel prend ici prétexte d’une courte nouvelle de Théophile Gauthier pour inviter des fantômes : Cocteau, Bresson a retraverser le miroir. Ils répondent à l’invitation, s’inscrivent indélébiles, dans l’œuvre et son propos.
    La frontière de l’aube résonne comme un rappel à l’ordre sur la formulation d’un geste qui devrait encore s’appeler « le cinéma » et dont Philippe Garrel est aujourd’hui l’un des ultimes artistes, l’un des derniers artisans ; parce qu’il en aura été l’un des premiers résistants.

La Bande-annonce de La frontière de l'aube


CLAUDE MARTINO




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