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Accueil arrow Culture arrow Cinéma arrow Le mauvais fils 04-02-2012, 20:35

Le mauvais fils

29-10-2008
Dernière mise à jour : ( 29-10-2008 )
 

Ce mec là est (tout de même) président des Etats Unis. Photo DR
Ce mec là est (tout de même) président des Etats Unis. Photo DR
W L’improbable président. Oliver Stone brosse sans affect le portrait d’un p’tit gars du Texas devenu président.

Les cinéphiles consulteront leurs fiches, les historiens se plongeront dans leurs notes. En vain ils chercheront un film de fiction dont le personnage central serait un chef d’état en exercice. W, l’improbable président est à ce jour le seul.
On a souvent parlé de la réactivité du cinéma étasunien, prompt à évoquer le Vietnam, le Watergate dans la foulée… Cette fois, c’est quasiment du direct live que propose Oliver Stone dans son nouvel opus.
W n’est pas à proprement parler un biopic, ce n’est pas non plus, manière Bob Woodward un portrait de l’intérieur où l’auteur se mettrait à la place de. Ce sont des moments de vie d’un fils de bonne famille qui tutoie facilement Jack Daniel, n’aime pas travailler, rentre à Yale uniquement par piston… et en politique un peu plus tard. Une approche plus œdipienne qu’ironique et finalement moins cynique qu’on pouvait le croire ou le craindre.
Stone travaille presque en empathie un personnage auquel il ne trouve ni excuses ni qualités. A l’omniprésence du père (celui de la Guerre du Golfe), il juxtapose l'idéalisation du frère cadet en filigrane. Bush « junior », alias « W » est le mauvais fils. C’est sa réussite qui demeure et demeurera improbable.
Sans trop déstructurer sa narration, W, propose les moments « charnières » de la vie de l’actuel futur ex président des Etats Unis (l’université, le pétrole, la fabrication de l’image du fermier, l’invasion de l’Irak) sans chercher l’élément fondateur ou déclencheur. Cette juxtaposition (on a connu Stone plus dialectique dans ses trajectoires) donne au film un aspect apaisé, presque tranquille qui déconcerte de prime abord. Mais (Stone sait être roublard) la fadeur s’ulcère d’elle-même. Qu’il boive des coups, envahisse l’Irak, rêve de diriger une équipe de base-ball, à chaque fois, de manière quasi subliminale, le film nous rappelle que ce mec là est – ou sera - président des Etats-Unis, élu et réélu « tout de même ».
Cela vient de l’incroyable composition de Josh Brolin qui fait dans l’évocation plus que dans la caricature, et de l’ensemble du casting saisissant de réalisme. Le temps d’une cellule de crise à quelques heures du déclenchement de la guerre en Irak, on plonge dans l’effroyable glacé. Le temps d’une conférence de presse on mesure la solitude du pouvoir. La virulence du film est toute contenu dans cette juste mesure de l’aune qui sépare « le p’tit gars du Texas » à son statut de Maître du monde (ce n’est pas un hasard si W ouvre sur la trouvaille rhétorique de «l’axe du Mal »).
La plupart des films d’Oliver Stone (à commencer par Scarface de De Palma dont il signa le scénario) s’interroge sur le ressenti étasunien plus que sur la citoyenneté elle-même (domaine réservé à Michael Cimino). W est donc totalement raccord avec l’œuvre du cinéaste : le pouvoir, l’argent et la figure tutélaire sont au rendez-vous. Si W Bush était « improbable » comme président, c’est peut-être parce qu’il était destiné à devenir personnage d’un film de Oliver Stone.


CLAUDE MARTINO




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