 Photo DR Quatre nuits avec Anna. Pour son retour au cinéma après plus de quinze ans d’absence, le Polonais Jerzy Skolimowsi signe le plus beau film de l’année.
De Peeping Tom à Fenêtre sur cour, tout ne serait qu’une question de regard. Celui que le voyeur porte, celui que nous portons sur celui qui épie. Quatre nuits avec Anna, serait donc, de prime abord, une nouvelle variation sur un motif connu. Ce serait aller vite en besogne puisque le film est signé de Jerzy Skolimowsi qui, à 70 ans, marque ainsi son double retour : celui à sa terre natale, la Pologne, celui en cinéma qu’il avait déserté depuis trop longtemps.
La Pologne, ici, c’est deux rues boueuses d’un village perdu. Le héros ? Leon (Artur Steranko) incinérateur de cadavre. Dans le passé, il a vu Anna se faire violer. Une fille ordinaire. Léon va l’épier. De jour comme de nuit. Jusqu’à l’obsession, jusqu’à venir dans sa chambre alors qu’elle dort…
Le scénario est limpide, dégraissé à l’extrême (les personnages annexes disparaissent assez rapidement) et dans une dialectique assez surprenante qui navigue entre surréalisme et naturalisme, le film avance sans jamais provoquer de malaise. Mieux même : on rit souvent par le côté absurde de la situation, le faux suspense du « little burning » qui rend la position de Leon au sens strict « inconfortable ». Mais rien n’est jamais ici pathétique. Formellement, le tournage en HD permet à Skolimowski une grande liberté dans ses plans qui disent l'hésitation, la tentation. A l’intérieur même du cadre, le réalisateur se fait peintre naturaliste, joue des éclairages et de la quasi monochromie pendant que la bande son (Frédéric de Ravignan, l’ingé son de Rohmer) nous fait peu à peu prendre conscience de l’environnement.
Conscience ? C’est là que Quatre nuits avec Anna prend toute sa (dé)mesure jusqu’à l’ultime bascule qui évacue les idées reçues, repousse les frontières de la norme et de l’anormalité de « l’amour fou ».
Film silencieux qui fait la part belle aux corps et ne ménage jamais notre esprit, quitte à le faire basculer dans la douce démence et la merveilleuse tristesse, Quatre nuits avec Anna est sans doute le plus beau film de l’année.
CLAUDE MARTINO
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