 Image DR La fontaine publique est apparue dans les villes et les bourgades aux XVe et XVIe siècles, dans les villages au XVIIIe pour se généraliser au XIXe.
Elle s’impose en profitant du réaménagement des centres urbains. Les remparts, devenus inutiles, disparaissent en totalité ou partiellement. Les communautés, étroitement corsetées dans leurs murailles, étaient devenues claustrophobes. Aussi, on crée de vastes espaces publics, appelés « cours », « esplanade » ou « place » d’où partent de larges boulevards bordés d’arbres.
La fontaine va trouver sa place dans l’aménagement de cet espace appelé à devenir le nouveau centre de la cité. A cet endroit va se tenir ce qui fait la vie d’une communauté : le marché, la foire, la fête. On y joue aux boules, le bal s’y tient, le cirque de passage s’y installe et des attractions y sont organisées : mât de cocagne, jeux pour enfants, concours…
Le moindre village capte une source. La fontaine est érigée au milieu d’une place, bien visible et, lorsque les finances le permettent, on lui donne un caractère monumental soulignant l’importance de l’arrivée de l’eau et son inauguration est solennelle. L’architecture ajoute au caractère sacré de l’eau en pays sec. « Eici, l’aiga es d’aur » (ici, l’eau c’est de l’or), avait-on coutume de dire.
Seuls des puits ou des citernes fournissaient l’eau jusque là. En particulier dans les villages perchés, construits pour des raisons défensives sur des escarpements rocheux, l’eau était rare et les animaux devaient être conduits à un point d’eau parfois éloigné. Les corvées d’approvisionnement pouvaient être longues et les lessives s’effectuaient loin des habitations. L’aménagement d’une fontaine a représenté un énorme progrès.
Une fontaine crache généralement l’eau d’une source. Lorsqu’on ne possède pas de source à proximité, on a recours à ce qu’on appelle une mine, une galerie de drainage. Un conduit souterrain dans lequel un homme peut se tenir debout, construit en pierre sèche comparable à une galerie de mine. L’eau qui imbibe la terre va sourdre dans la galerie jusqu’à former un ruisselet canalisé jusqu’au village. Le sol de la galerie est rendu étanche par une couche d’argile ou un mortier. C’est parfois une suite de tuiles canal qui forme une rigole. Une mine peut avoir quelques centaines de mètres, parfois plus d’un kilomètre. La galerie étant creusée en amont du village, l’eau est conduite en suivant la pente du terrain jusqu’à un réservoir qui fait également fonction de bassin de décantation et alimente directement la fontaine, très proche.
Il est évident que pour les villages perchés, seul un système de pompage a pu alimenter une fontaine.
La fontaine classique comporte un bassin en pierre de taille avec, au centre, un fût équipé de plusieurs canons. Le fût peut être pyramidal ou surmonté d’un élément décoratif : une boule, un vase, une statue… Signalons le caractère particulier des fontaines du Queyras, entièrement construites en bois pour résister au gel.
Selon les époques, un symbole à connotation politique ou religieuse était placé : une fleur de lys, un saint, l’aigle napoléonien, la République… qui pouvait disparaître au gré des aléas de l’histoire. Plus neutres sont les allégories représentant l’agriculture, la moisson, l’abondance, la loi… La IIIe République amènera l’effigie de Marianne et le sigle « RF ».
A Sault (Vaucluse), sur la place de l’église, la fontaine édifiée pourtant à la fin du Second Empire, en 1869, est surmontée d’une statue (offerte par un habitant) qui, sans inscription ou bonnet phrygien, symbolise la République : « dans le contexte de luttes politiques entre les blancs et les rouges, ces derniers avaient voulu ériger une Marianne en face de l’église. Lors des enterrements civils, il y a seulement quelques années, le corbillard faisait rituellement le tour de cette fontaine » (1).
Il est une autre fontaine qui revêt un caractère particulier, celle des Mées, dans les Alpes-de-Haute-Provence, appelée « la Fontaine de la République ». Surmontée du buste de Marianne, elle porte la dédicace suivante « Aux Républicains des Basses-Alpes qui ont lutté en décembre 1851 pour la Loi, le Droit et la République ».
Dans les petites villes ou gros villages il existera des fontaines secondaires dans les différents quartiers. Elles offrent une architecture plus sobre et sont souvent accolées à un mur. Elles sont désignées par le nom du quartier, par opposition à celle qu’on appelle « la grande fontaine ». Il en est de même pour les lavoirs.
L’eau de surverse, le fuyant de la fontaine, n’est pas gaspillée. Lorsqu’elle n’alimente pas un lavoir attenant, elle est canalisée vers les jardins potagers de la périphérie du village. Les utilisateurs s’acquittent en général d’une redevance pour bénéficier d’un tour de rôle très strict.
RAYMOND BIZOT
(1) J. Galas, Eaux et fontaines des pays du Ventoux, 1992
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Memoria dau païs
Ecrit par: Robert le 29-10-2008 09:53
J'adore votre chronique, toujours très documentée et illustrée avec soin. Pourquoi ne pas envisager l'édition d'un bouquin recueillant toutes vos chroniques ? ça serait passionnant et ferait découvrir à d'autres lecteurs cette vie rurale que vous expliquez si bien dans votre journal.
Merci, M. Bizot. Et continuez longtemps à nous régaler.
Cordialement.
Annie Robert, Parc naturel régional du Verdon
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