 A plus de 40 ans, les deux rappeurs se considèrent toujours comme "le meilleur groupe français" (Photo Jive EPIC) Hip hop. Kool Shen et Joey Starr se sont réconciliés lundi, à Paris, dans un Olympia plein comme un Suf. Cette fois, c'est sûr, les gars du 9-3 sont de retour& Et quel retour !
Epoustouflant. Retentissant. Enorme. Non, on n'en fait pas trop. Lundi, NTM a tout simplement éclaboussé de classe et de sueur les 2 500 personnes massées dans l'Olympia. Des fans de la première heure aux convertis de dernière minute, tous venus pour Joey Starr et Kool Shen, ces deux monstres sacrés du rap français. Dans la foule, on distingue Jamel Debbouze et Mélissa Theuriau, Clotilde Courau, ou encore un certain Olivier Besancenot. « NOUS SOMMES LE MEILLEUR GROUPE DE FRANCE »
Lundi, 18h, coulisses de l'Olympia. Joey Starr et Kool Shen font une entré fracassante en salle de presse, s'installent avec assurance face aux journalistes. « Alors, on commence quand ? C'est qu'on a pas que ça à foutre », lance Joey à l'assistance. Kool Shen, les coudes sur la table, a le regard mi-amusé, mi-inquisiteur. Du NTM dans l'attitude& et dans le texte. Interview.
Après dix années d'absence, comment avez-vous retrouvé l'envie de revenir sur le devant de la scène ?
Kool Shen : C'est une alchimie malgré nous. On avait besoin de faire du live, on s'est fixé ce challenge. On fait ça pour nous, c'est une démarche hyper-égoiste.
Joey Starr : On ne se reconnaît plus dans ce qui se fait aujourd'hui. On est pas là pour pleurer ou se victimiser, l'actualité nous a, de toute façon, toujours donné raison.
Effectivement, vous revenez à un moment ou le climat social est tendu&
K.S : La musique ne change pas le cours des choses. Mais on a toujours été sur le terrain, proches des gens.
J.S : Dire les choses telles qu'elles sont, c'est de la citoyenneté. Après, on n'est pas là pour se faire de la thune sur le dos des mazoutés.
Quel regard portez vous sur le rap français actuel, en tant qu'anciens ?
J.S : La majeur partie, c'est même pas de la musique, y a que des victimes, des mecs qui miaulent.
K.S : Y a pas que de la merde, mais c'est vrai que la forme est plus mise en avant que le fond.
L'un des rappeurs en vogue, Booba, vous a qualifié d'antiquités. Qu'en pensez-vous ?
J.S : Booba, qu'il ne prononce même pas notre nom, ce mec n'est même pas foutu d'assurer un Zénith. Il y a des gosses qui le regardent, et lui il donne une image minable. Booba n'est qu'un composit, un calque. Il a un certain talent, mais sur scène, c'est nul, on dirait qu'il est sur un rail.
Comment s'est déroulé votre première répétition, après ces dix ans de querelles ?
K.S : On a vite retrouvé le feeling, on voulait dormir dans la salle. Très vite, on s'est remis à délirer comme des gosses.
J.S : Putain, je crois qu'on a viré notre cuti, on voulait même des capes et des talonnettes&
Assumez-vous ce rôle de porte-parole des banlieues que l'on vous prête souvent ?
K.S : On ne s'est jamais considéré comme tel, même si on fait de la musique pour les nôtres. Sur l'ensemble des jeunes de banlieues, il y en qui ne se sentent pas forcément représentés par nous.
J.S : On fait juste un constat d'urgence, sans chercher à moraliser. Il y a eu un sacré trou après Rémi Bricka, Plastic Bertrand et Balavoine& (rires)
PROPOS RECUEILLIS PAR LIONEL MODRZYK
« Ne me demandez pas si je vais devenir le futur parolier d'NTM, ils écrivent déjà très bien », plaisante le leader de la LCR. Dans sa loge, le rappeur Sefyu se prépare à assurer la première partie : « ce retour permet aux débutants de voir sur scène les racines, les précurseurs. Ces artistes ont bercé une génération entière ».
Bercer ? Pas vraiment : le show fut tout sauf soporifique. En guise d'intro, les Dj's historiques du groupe, James et Naughty J, remixent le Carmina Burana de Carl Orff. La pression atteint son paroxysme, et les NTM déboulent sur les planches, en entamant l'hymne du 9-3, Seine-Saint-Denis Style. Ils enchaînent avec « C'est clair, j'ai le toucher nique ta mère&tout le monde dans la salle fait&yeah, yeah, yeah. » Le célèbre music-hall du boulevard des Capucines s'en retrouve presque fissuré. Joey Starr électrise l'assistance, bondissant, hurlant à tout rompre. Kool Shen, comme d'habitude, est plus discret&
Dehors ou à la buvette
« Si c'est pour rester le cul sur un siège, c'est dehors ou à la buvette ! » rugit Joey aux bobos ayant pris place au balcon avant denchaîner les titres mythiques For my people, le conscient Laisse pas traîner ton fils& S'ensuit alors une sorte de mi-temps, durant lauelle d'autres artistes, comme Jeff le Nerf, tenteront de se mettre au niveau, sans grand succès.
NTM poursuit avec le très chaud Ma Benz, conviant le raggaman Lord Kossity sur les refrains. Le thermomètre est prêt à exploser, les filles se déhanchent, Joey Starr ondule sous son débardeur, trempé. « Laisse-moi zoum-zoum-zem, dans ma benz, benz, benz& » Les 2500 âmes reprennent en cSur le célèbre refrain. Le Suprême NTM tourne alors les talons, après un bref « au revoir et merci »&NTM en concert au Dôme de Marseille, le 3/10 et au Zénith de Montpellierle 18/10.
Infos sur suprême-ntm.com
Ultime rappel
Pour mieux revenir deux minutes plus tard avec Tout n'est pas si facile, morceau oldschool qui rappelle que dans le hip hop, rien n'est acquis. Starr, une fois de plus prend la parole pour saluer l'Olympia. « Merci à tous, peace, et vous inquiétez pas, on se retrouvera à Bercy, et là on aura des choses à dire ». On comprend mieux pourquoi les trois dates prévues, en septembre prochain, ont vite affiché complet, entraînant deux dates supplémentaires. A la sortie, un lascar lance à son pote : « nique sa mère, ils sont de retour& » On ne saurait dire mieux.
LIONEL MODRZYK
Photo JIVE EPIC
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