Il est celui qui a répandu l'art du slam aux quatres coins de l'hexagone. Sans que le succès ne lui monte à la tête. Après un premier album salué par la critique, Grand Corps Malade est de retour avec Enfant d'la ville.
Un monde fou se presse au portillon du forum de la Fnac, avec carnets d'autographes et appareils photos à la main. A quelques mètres du brouhaha est assis celui que tout le monde attend. Grand Corps Malade, le fameux slameur. S'appuyant sur sa béquille, d'un calme étonnant, il serre les mains, tout sourire. Des cookies, un jus d'ananas, il prend des forces avant la rencontre avec les fans. Cet artiste est pour le slam hexagonal ce qu'ont été les Iam et Ntm pour le hip hop français : une figure de proue. Son aventure a commencé dans des petits bars de Saint-Denis, lors de soirées ou les gens déclamaient librement et a capella des textes de leur invention.
D'un art intimiste, Grand Corps Malade a fait un premier album, Midi 20, chef d'Suvre de poésie urbaine. Il vient juste de sortir son deuxième opus, plus qu'attendu, Enfant d'la ville. Avec toujours la même sérénité, cette même envie de relation textuelle. Rencontre avec ce poète des temps modernes.
Ecouter un extrait d'Enfant de la ville
On se souvient de vos fameux Voyages en Train&Quel voyageur êtes-vous aujourd'hui ?
Je ne vais pas trop en dire, mes textes parlent pour moi. Ce qui est bien, c'est que mon état d'esprit a changé radicalement pour ce nouvel album. Tout est histoire de feeling. Pour Les voyages en train, j'ai écris alors que moralement, c'était un peu le trou noir. Là, c'est l'inverse, et le public le comprendra certainement.
Des textes de slam sont au programme du bac français&Quel est votre sentiment?
C'est extrêmement flatteur de voir cela. Avec les profs, je n'avais pas forcément de bons rapports, ni de bonnes notes, j'étais un peu trop insolent. Et là, mes textes sont choisis par ces même professeurs. C'est une vraie reconnaissance. Mais la reconnaisance la plus importante demeure celle du public. C'est réellement une bonne idée d'aborder le slam avec les élèves, cela prouve que la littérature n'est pas forcément une chose poussiéreuse.
Comment expliquez-vous qu'en deux ans, le slam est devenu plus populaire que le rap français, qui a près de vingt ans d'existence ?
Peut-être parce que le rap nous a dans un sens aidé. Et le slam ne vient pas du milieu hip hop. Ce sont deux cultures urbaines bien distinctes.Le slam est plus grand public que le rap, qui lui est parfois plus tranchant, voir violent. Niveau scène, il n'y a pas tant d'artistes que ça, j'espère que du sang neuf va arriver.
Dans votre nouvel album, on trouve une collaboration avec deux sacrés lyricists, Oxmo Puccino et Kery James. Un choc de titans&
C'est avant tout un honneur, car ce sont des artistes que j'ai toujours écoutés, et des mecs que je respecte énormément. Oxmo, on s'est croisé sur des festivals, et on a décidé de faire un truc ensemble. Kery, lui, ne connaissait pas mes disques, et est venu me voir sur scène a Paris. Vu que j'avais envie de travailler et d'écrire avec ces deux rappeurs, je les ai réunis. Et le résultat est plutôt pas mal.
Dans Rétroviseur, on vous sent nostalgique&Comment expliquez-vous que ce sentiment se retrouve même chez des artistes très jeunes ?
Je ne veux pas parler au nom des autres, mais j'ai trente ans et oui, je suis un vrai nostalgique, et cela se reflète dans mes textes. Attention, je ne l'exprime pas de manière dépressive, je demeure positif. Je n'ai pas envie que l'on me qualifie de pleurnichard.
Le blues de l'instituteur est un titre assez décousu textuellement. Est-ce un morceau exhutoire ?
Je voulais parler des grand problèmes comme la faim dans le monde, les guerres, l'écologie, les inégalités& En trouvant un angle intéressant, car ce sont des thèmes qui sont souvent repris par d'autres artistes. Le point de vue de l'instituteur déprimé, découragé, s'adressant à ses élèves comme à un psy, m'a semblé pas mal. C'est dit de manière naïve, et cela prend une dimension pédagogique.
Comment vivez-vous le succès ?
L'image qui me reste, c'est d'abord celle de la tournée, de ma rencontre avec le public. Le succès, je l'ai partagé avec ceux qui me suivent, mes plus proches amis. On a vécu ça de manière semi-professionnelle, car on ne s'attendait pas forcément a ce que les choses prennent une telle ampleur.