 Photo B Flamingo Le phénomène Julien Doré a fumé sa barrette pour un premier opus, marqué par des complicités bien choisies.
On n'a pas l'habitude, mais il va bien falloir la prendre : afin de préparer l'interview de Julien Doré, pour des raisons de planning et surtout de paranoïa pirateuse, il a fallu se contenter de 5 petites chansons choisies parmi les 14 de son Ersatz. Pas bézef, et pour un autre on aurait dit non ; mais pour le petit gars d'Alès qui dynamitait, l'an dernier, les primes de La Nouvelle Star, pour ce détourneur fou capable de faire dresser le poil entre deux pauses pub et trois appels au vote, on a fait une exception, et laissé inscrire notre numéro au milieu d'une liste de phoners qu'on imagine copieuse.
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Allô ? La promo, c'est pas trop ennuyant ?
Non, sincèrement, c'est même bien ; suivant comment on le prend, ça peut être un moment assez rare de liberté, où je peux exprimer mon avis, mes envies&
On commence par une question qu'on a déjà dû vous poser 15 fois : de qui êtes-vous l'Ersatz, le produit de remplacement ? Ce titre, c'est juste une provocation ?
Pas une provoc, non, mais une marque de modestie et de respect envers des artistes dont je veux digérer l'Suvre, sans les singer, mais en les revendiquant. Les Gainsbourg, Dutronc, Nick Cave : être leur ersatz, c'est reconnaître qu'on est en dessous, mais qu'on a le souhait d'atteindre leur niveau.
On n'a pas encore la liste de tous ceux qui ont collaboré à l'album. Sur Internet, on a pu lire les noms d'Arno, Christophe, Fred Pallem du Sacre du Tympan, Cocoon, Arman Meliès, Jipé Nataf, Cali&
Cali ? Non, ça ne risque pas& C'est même au-delà du non& Jipé Nataf n'a pas participé à l'album non plus, même si, là, ç'aurait pu& Mais on s'est pas rencontré. Pour les autres c'est bon, et pour tous, c'est une histoire de rencontres ; on a vraiment laissé faire le hasard.
Et le hasard a bien fait les choses ?
Oui. Cet album, je l'assume. On ne m'a rien imposé, je n'ai fait aucune concession. Je crois que j'ai suffisamment ouvert ma gueule pendant l'émission pour qu'on me laisse tranquille. Et puis j'ai choisi Philippe Gandilhon comme directeur artistique ; il a bossé avec Daho, Brigitte Fontaine, Manu Chao. Lui non plus n'aurait pas supporté qu'on nous dicte quoi que ce soir&
Willem a choisi le producteur de Johnny, vous celui de Daho et Chao, c'est significatif, non ?
Euh, ben oui& ça risque d'être aussi significatif au niveau des ventes de disques& (rires)
A l'écoute des 5 titres, l'ambiance est plutôt sombre, alors qu'après la Nouvelle Star, on s'attendait à quelque chose de plus punchy. C'est assez déstabilisant&
Vous venez de résumer le principe de la télé-réalité& Il y a une différence entre une émission de télé, éphémère, et un album, a priori destiné à durer. La rupture est voulue, naturelle et nécessaire. Même si quand l'album existera sur scène, il prendra sûrement une autre ampleur, plus énergique peut-être&
La scène, ce sera du show ?
J'aime bien le côté caravane mobile, les personnages, les costumes de scène, les cracheurs de feu ; le spectacle, c'est fait pour prendre du plaisir, créer un univers, pas pour être là, comme on serait dans son salon& Et ce qui est sûr, c'est qu'on fera des salles petites et moyennes, pas des Zéniths ; d'ailleurs, c'est vraiment pas sûr qu'on les remplirait&
Voir son album inclus dans un téléphone mobile, ça fait quoi ?
J'assume à fond. C'est quand même ma musique, dans un objet qui est désormais fait, aussi, pour écouter de la musique, non ? Donc, c'est ma musique que cela sert, et c'est l'essentiel. Au-delà de ça, je n'ai aucun désir d'artiste maudit ; Bashung a fait de la pub, Tellier a fait l'Eurovision, et si moi demain je trouve, au-delà de l'argent, un intérêt à faire une pose pin-up pour une pub Coca-Cola, j'aurai pas de problème.
Dig up Elvis, votre groupe, avec qui vous affichiez vouloir enregistrer l'album, n'y est finalement pas. Il va vivre une vie parallèle ?
Oui. Même si quelques potes sont intervenus sur l'album, on a voulu séparer les deux projets ; on va faire des scènes dans un autre réseau, enregistrer quelques titres pour un EP dans les mois qui viennent. On ne voulait pas que Dig up Elvis devienne Julien Doré et les Dig up Elvis.
Le Sud, où vous avez grandi, d'Alès à Nîmes, c'est important pour vous ?
Je ne le revendique pas particulièrement, et je suis très heureux de vivre à Paris, mais je sais qu'il y a quelque chose qui est là, qui fait partie de moi, même si c'est difficile à expliquer. Des codes, des couleurs, des envies, des sensations, une certaine excentricité ? Je ne sais pas&
Interview
Propos recueillis
par Denis Bonneville
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