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CITÉS D'OR MAIS PAS DORTOIRS

23-06-2008
Dernière mise à jour : ( 02-09-2008 )
 

Photo Agnes Mellon
Photo Agnes Mellon
Rap. Les Psy 4 de la Rime. En tête des charts, le nouvel album des Phocéens est déjà disque d'or. Rencontre.

A Marseille, les Psy 4 de la Rime sont à la nouvelle génération ce que les Iam sont aux plus anciens. Rarement un groupe aura autant réussi à fédérer les quartiers, sans jamais user de rimes belliqueuses. Les Psys rassemblent alors que d'autres divisent. Mieux encore, ces enfants du Plan d'Aou donnent une image positive de la culture hip hop, chose qui aujourd'hui tient de la performance. Leur tout premier album s'appelait Block Party, un concentré d'énergie et de révolte positive. L'époque ou des titres comme Repère les collabos où Le son des Bandits en disaient long sur la hargne d'Alonzo, Soprano, Vicenzo, et Dj Sya Styles. C'était en 2002.
En 2005, les Psys frappent une seconde fois avec Enfants de la Lune, clin d'Sil direct au Hijo de la Luna des hispaniques Mecano. Le 26 mai 2008, les Cités d'Or sont misent à nue. Dans les studios Streetskillz, rencontre avec les Psys les plus consultés de Marseille.

Enfants de la Lune, les Cités d'Or& Des noms féériques, mais renvoyant à une réalité assez crue. Pourquoi ces choix ?
Soprano : On a tous besoin de rêver, ça aide à encaisser le réel. Les Cités d'or, c'est pour les gens qui veulent la richesse alors qu'ils l'ont déjà sous leur nez. Cela renvoit bien sûr à la fameuse série télé dont nous sommes fans. Cela montre que nous demeurons d'éternels enfants.

Vous êtes, pour les jeunes des quartiers, un peu comme des grands frères. Un statut que vous assumez ?

Alonzo : On en est conscient. D'autres groupes, comme Puissance Nord ou Carré Rouge le sont aussi. ça nous vieillit un peu, nous sommes entre la génération Iam, et celle des plus jeunes. On veut marquer notre temps, s'inscrire sur une très longue durée, construire une grande carrière.

Quel regard, en tant qu'auteur, portez-vous sur ce nouvel album ?
Soprano : On a écrit avec plus de maturité, donc plus de recul. Dans le premier, on utilisait beaucoup le mot ils, dans le second c'était Je, et celui-ci, c'est Il faut. Les Cités d'or, c'est un peu Enfant de la Lune, mais vu de l'extérieur.
Alonzo : Cet album est un mélange de ce que nous avons pu faire depuis Block Party. Des textes engagés, rageux, émouvants&

Jeunesse France est un titre fédérateur, à l'image du Banlieusards de Kery James. Qu'est-ce qui a changé entre les jeunes que vous étiez, et ceux d'aujourd'hui ?
Alonzo : A neuf ans, les minots ressentent déjà le besoin d'argent, se défoncent au shit et à l'alcool. Pour s'insérer dans la société, ils croient qu'il faut porter absolument du Gucci, du Prada, ou une Rollex. Les séries télés, les infos et les films contribuent à ce cercle vicieux.
Vicenzo : Ce qui me frappe le plus, c'est la violence gratuite, les prétextes aux affrontements et aux bagarres entre jeunes. Les plus petits se créent des conflits qui n'ont même pas lieu d'être.

Dans cette même chanson, vous clamez Il y a des mecs des quartiers Nord qui n'ont jamais vu l'Vieux Port&
Alonzo : Tout est fait pour empêcher l'évasion, les quartiers sont des mini-villes, tout est à disposition sur place. Un jour, mon cousin était sorti du quartier et s'est retrouvé à Sainte Marguerite. J'ai du allé le récupérer, car il était perdu !
Sya Styles: Il faut se souvenir que ces problèmes de transports remontent à la guerre du Golf, c'était limite le couvre feu dans les quartiers, il n'y avait plus un seul bus. Le problème, c'est qu'une fois la guerre finie, cette politique est restée en place.

Des artistes ayant un certain succès commercial, vous êtes quasiment les seuls à mettre en avant le travail du Dj. Comment voyez-vous l'avenir du Deejaying dans le rap français ?

Sya Styles : Les Dj se sont effacés des groupes depuis les années 90', et sont actuellement frustrés de ne plus être indispensable, cela se comprend. Ceux qui se contentaient de scratcher ont été rayés, ceux qui se sont mis à faire des beats ont perdurer. Souvent derrière, le Dj, se cache un beatmaker, ou inversement.
Vicenzo : Sya, notre Dj, est un pilier, la véritable colonne vertébrale du groupe. Il est notre ingénieur sonore, et de plus, sur scène, avoir un Dj est primordial pour le spectacle.

En plus d'avoir perdu des Dj's talentueux, le hip hop marseillais semble avoir perdu son âme& Etes-vous de cet avis ?
Soprano : Non, il y a de nombreux activistes qui se battent sur le terrain, sans chercher d'embrouilles à quiconque.
Je pense au collectif Hip Hop Parallèle, par exemple, ou aux gars de Reporters des Blocks.
A l'extérieur, nous sommes les premiers à revendiquer cette fierté du hip hop phocéen, mais on ne peut pas sauver tout le monde.
Vicenzo : Les gens ne se déplacent plus que pour les groupes de leur quartiers. Les structures se font au goutte-à-goutte, il n'y pas de réelle cohésion. Et le fait que certains soient aigris aggrave le problème.

Propos recueillis par Lionel Modrzyk
Photo Agnes Mellon



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