La tombe de Pierre Desproges au Père Lachaise (Photo DR)
Hommage ? Cela fait tout juste vingt ans que Pierre Desproges disparaissait. Depuis on ne l'a jamais retrouvé. Etonnant non ?
Il y a vingt ans, sous le titre « chronique d'une mort ordinaire », La Marseillaise publiait un billet d'humeur dans lequel on pouvait lire : « Le pire c'est qu'ils vont oser dire que tu es entré au Panthéon des humoristes. Et de savoir que ça va te gâcher ton immortalité, moi, ça me fait rire ».
Et en effet, je ris. Je pouffe, je me gausse. Et le fait d'autant plus volontiers que, depuis vendredi, les bizarreries malicieuses du calendrier car les calendriers sont malicieux font et feront pour l'éternité que la mort de Pierre Desproges coïncidera à jamais avec celle d'Aimé Césaire qui lui, forcément, va y entrer, au Panthéon. Voilà où ça amène de faire de l'humour noir.
Pierre Desproges était petit. Oui, je sais, ce n'est jamais bien élégant de se moquer du physique des gens. Même si c'est sur ce principe qu'un Stéphane Guillon a construit sa réputation. Mais, comme le disaient si bien les époux Balkany à un juge d'instruction, soyons honnête : la ridicule petite taille de Desproges n'est pas sans avantage. Elle aura permis de constater combien il est difficile de se hisser à sa hauteur pour Patrick Timsit ; un Djamel Debbouze ne lui arrivant même pas à la cheville.
Pierre Desproges a fait ses débuts à L'Aurore. Rappelons aux ados pré pubères qui écrivent en sms et aux jeunes cadres dynamiques entièrement nourris au Club Dorothée que le journal en question, publia accidentellement le J'accuse d'Emile Zola parce que ce jour là, Robert Hersant n'en était pas encore le propriétaire. Le journal L'Aurore a connu une fin tragique, entièrement absorbé par Le Figaro sans même les pages saumon qui ont fait sa réputation et qui donnent ce fumet si particulier tirant vers les embruns de la Baltique lorsqu'on emballe le poisson avec. Et qu'on ne vienne pas me raconter que s'il avait fait ses débuts dans un journal de gauche, Desproges aurait eu du talent puisque Christine Bravo, elle, a fait les siens au Matin de Paris.
Pierre Desproges n'aimait pas les sports mécaniques. On ne l'a jamais vu faire la Une de Paris Match ou l'ouverture du 13h00 de TF1 sur un jet-ski comme Vincent Lagaf ; ni conduire une grosse moto, ce qu'aura fait toute sa vie Coluche. Surtout vers la fin.
Pierre Desproges collaborait à France Inter. On sait le sort réservé aux collaborateurs, fussent-ils ceux de la radio publique. Du reste ses complices, Claude Villers et Luis Rego ont été dénoncés par la suite. Aujourd'hui seul Jean-Marc Sylvestre continue à nous faire rire sur l'antenne.
(*) Les Editions du Seuil viennent de publier un « Tout Desproges » illustré d'une cinquantaine de photos et complété par des témoignages.
L'intégrale audiovisuelle (10 cd et les DVD de ses spectacles) est disponible sur www.desproges.fr
Pierre Desproges travaillait à FR3 et ce malgré plusieurs condamnations pour publicité mensongère. En effet, La minute nécessaire de monsieur Cyclopède durait parfois 120 secondes. Mais, comme le susurrait Clara Morgane à l'issue d'un tête-à-queue, ne boudons pas notre plaisir : ce dépassement de la grille horaire amputait d'autant Les jeux de 20h00 qui lui succédaient.
Pierre Desproges avait un sale caractère. En tournée au Havre, alors qu'un jeune animateur d'une radio libre nommé Laurent Ruquier voulait l'interviewer, Desproges lui avait répondu : « va te faire foutre ». On connaît la suite, du moins si l'on prend en compte le coming out de Ruquier quelques années plus tard.
Pierre Desproges ne prisait guère les cérémonies officielles. S'il eut été invité au Vatican pour serrer la louche du pape il s'y serait emmerdé comme un rat mort et n'aurait même pas demandé « qui c'est qui a pété ? » au premier garde suisse rencontré ; preuve que sous son humeur badine il était relativement respectueux de l'étiquette.
Petit, conventionnel, doté d'un sale caractère et ancien journaliste de droite, les vingt ans de la mort de Pierre Desproges ne méritent même pas une ligne dans notre journal.