 DR Une vie magnifiquement racontée par Gérard Blua dans le catalogue de l’exposition proposée par la Fondation Regards de Provence. Un catalogue, édité par Autres Temps qui, pour une fois, évite le double piège de la plate hagiographie et du jargon pédant.
Le complément idéal (30 euros, tout de même) de la visite au Palais des Arts où l’on peut découvrir ou retrouver une œuvre qui compte, et pas seulement dans le paysage local
Car on peut ne pas aimer la peinture d’Ambrogiani. On peut la trouver lourde, trop « matièrée », trop classique, trop ceci ou trop cela. Pas assez moderne pour les uns, pas assez traditionnelle pour d’autres. Eternel problème auquel Ambrogiani a confronté son envie gourmande de mordre dans la couleur… On peut n’y voir aucun génie. Mais est-ce bien là l’essentiel ?
« Il voit net et peint à touches robustes »
Laissons le soin à la postérité de décider si en effet Ambrogiani est bien un chaînon important de l’histoire de l’art : « Que serait devenue aujourd’hui la peinture dans le sud sans Pierre Ambrogiani ? » se demande Gérard Blua. Demandons-nous simplement ce que peut nous apporter cette peinture, sans préjugé et sans tabou. Le parcours dans cette œuvre proposé par la Fondation Regards de Provence est suffisamment riche et varié pour que chacun y fasse son miel visuel.
Peut-être s’arrêtera-t-on davantage, par exemple, devant la grande fresque (plus de 4m de large !) intitulée « Allégorie de la Provence », sorte de chef-d’œuvre où se superposent harmonieusement les motifs provençaux, ou bien devant une vue de Cassis (Le cap Canaille) traitée un peu à la manière de Staël, ou devant les champs d’Allauch, merveilleuses gammes chromatiques. « Il voit net et peint à touches robustes » écrira Jean Ballard, le poète ami et voisin, fondateur des fameux Cahiers du Sud. Débusquant la réalité derrière les apparences, on ne s’étonnera pas, dans ses autoportraits, qu’il ait du bleu sur les joues. Et puis c’est toute une vie qui surgit dans les marchés, chez les marchands, dans les champs, dans les villes (Marseille, Paris) et les villages (Provence, Corse), scènes de vie citadine ou rurale que le peintre reconstruit par sa vision, faisant sienne la réflexion de Jean Cocteau : « l’Art existe à la minute où l’artiste s’écarte de la nature ».
Eden provençal
Les séries des « corridas » ou des « sportifs » pourront sembler moins convaincantes. On s’amusera des dessins faits sur le motif dans les rues chaudes de Marseille la canaille. On ne s’attardera pas nécessairement devant les natures mortes, homards et bouillabaisses, ni devant les bouquets de fleurs, pour mieux tomber ensuite ébaudi devant un « Rêve » qui a tous les attributs d’un éden provençal, ou devant les « Routes et chemins », pique-nique idéal dans une explosion de couleurs, ou enfin devant l’étrange procession de « La mort du poète » dont la composition et la sobriété dénotent avec bonheur dans cette débauche de couleurs.
Enfant gourmand
Ambro en faisait trop, probablement. Sa biographie par Gérard Blua nous rappelle fréquemment son énergie et sa générosité. Dans une vitrine du Palais des Arts, on peut voir la couverture d’un numéro de « Provence Magazine » de 1964. On y découvre Ambrogiani en photo, les doigts dans la peinture, rond et rieur. Comme un enfant content de faire une bêtise, et sûr de faire un chef-d’œuvre. A la Belle de Mai, à la sortie de l’école, il coloriait des figurines faites avec de l’argile, ou dessinait les silhouettes des marchands du quartier. Ambro est resté cet enfant gourmand de la vie qui nous redonne envie de mettre les doigts dans la peinture. L’art est aussi, parfois, une bêtise.
YVES GERBAL
« Pierre Ambrogiani, le gourmand de couleurs », une expo proposée par la Fondation Regards de Provence, jusqu’au 31 août, de 10h à 18h, au Palais des Arts, place Carli / cours Julien , Marseille 6e. Possibilité de visites commentées. Infos 04.91.42.51.50 et regards-de-provence.org
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